L’ANC affiche son plus mauvais score

C’est un échec pour le dirigeant de l’opposition, Mmusi Maimane, affaibli au sein du parti, la DA, qu’il dirige depuis 2015, qui espérait tirer profit des résultats économiques très décevants de l’ANC et attirer les déçus du parti de Mandela et de Ramaphosa.
Photo: Ben Curtis Associated Press C’est un échec pour le dirigeant de l’opposition, Mmusi Maimane, affaibli au sein du parti, la DA, qu’il dirige depuis 2015, qui espérait tirer profit des résultats économiques très décevants de l’ANC et attirer les déçus du parti de Mandela et de Ramaphosa.

Le Congrès national africain (ANC) a largement remporté les élections législatives en Afrique du Sud, malgré un résultat en baisse qui va compliquer la tâche du président Cyril Ramaphosa pour relancer l’économie et lutter contre la corruption. Sur la foi du dépouillement de plus de 95 % des 23 000 bureaux de vote du pays, l’ANC a rallié plus de 9,1 millions d’électeurs, soit 57,7 % des suffrages, et mathématiquement renouvelé sa majorité absolue à l’Assemblée nationale.

En recul de près de cinq points par rapport au scrutin de 2014, ce résultat est le plus mauvais jamais réalisé par le parti historique de Nelson Mandela en vingt-cinq ans de pouvoir. Élu par les députés, M. Ramaphosa devrait être investi pour un nouveau mandat de chef de l’État dès le 25 mai.

Assuré de la victoire depuis la publication des premiers résultats partiels, l’ANC s’est gardé de tout triomphalisme. « Nous avons gagné largement […], il est clair que nous allons gouverner sans besoin d’une coalition, a lâché vendredi son porte-parole, Dakota Legoete. On aurait pu s’attendre à mieux, a-t-il concédé. Pour nous, c’est une piqûre de rappel qui nous impose de faire de notre mieux. »

Nous leur avons donné 25 ans [de pouvoir], mais les pauvres sont toujours plus pauvres et les riches, encore plus riches

 

« Une victoire avec 57 % des voix prive l’ANC de la marge de sécurité de 62 % qu’il détenait depuis 2014, a noté l’analyste Daniel Silke. S’il n’améliore pas la gouvernance et sa politique, même le président de la “Nouvelle Aube” Cyril Ramaphosa aura du mal à tenir ses promesses. »

Derrière la formation du président, l’Alliance démocratique (DA), principal parti d’opposition, pointait en deuxième position avec un score décevant de 20,6 % des voix, en nette baisse par rapport à celui de 2014 (22,2 %). « Nous n’avons pas réussi cette fois-ci, a concédé vendredi son chef, Mmusi Maimane. Mais croyez-moi, a-t-il ajouté, que ce soit en 2021 [aux municipales] ou en 2024 [aux législatives], nous prouverons à ce pays que nous pouvons réunir tous les Sud-Africains […] et apporter le changement à cette nation. »

Réparer les erreurs

Depuis qu’il a poussé le président Jacob Zuma à la retraite début 2018, il a promis de « réparer » les « erreurs » de son parti, d’éradiquer la corruption et de relancer l’économie. Mais un an plus tard, l’ancien syndicaliste reconverti en homme d’affaires à succès a tardé à concrétiser ses promesses. Tout au long de sa campagne électorale, il a été confronté à l’impatience et à la colère d’une part croissante de la population face à la corruption, au chômage de masse (27 %) et aux inégalités criantes qui persistent, un quart de siècle après la chute du régime de l’apartheid.

« Nous leur avons donné 25 ans [de pouvoir], mais les pauvres sont toujours plus pauvres et les riches, encore plus riches », a résumé en votant mercredi Anmareth Preece, une institutrice de 28 ans, électrice à Coligny (nord-ouest).

L’opposition n’a pas non plus épargné l’ANC, dénonçant un parti « pourri jusqu’à la moelle » et appelant au « changement ». Avec cette performance électorale médiocre, la plupart des observateurs prédisent à Cyril Ramaphosa des difficultés à faire accepter ses projets de réforme au clan de l’ex-président Jacob Zuma, qui dispose toujours de forts soutiens au sein de l’ANC.

La composition du prochain gouvernement devrait révéler la marge de manoeuvre politique dont dispose M. Ramaphosa.