L’ANC se dirige vers une victoire en Afrique du Sud, mais poursuit son déclin

Cyril Ramaphosa
Photo: Michele Spatari Agence France-Presse Cyril Ramaphosa

Le Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis 1994 en Afrique du Sud, semblait jeudi assuré de remporter les élections législatives, mais avec un score en net recul qui va compliquer la tâche du président Cyril Ramaphosa pour réformer un pays en proie au chômage et à la corruption.

Après dépouillement de près des deux tiers des 23 000 bureaux de vote, l’ANC était crédité de 56,66 % des suffrages lors des scrutins de mercredi. Il devrait donc conserver sa majorité absolue à l’Assemblée, synonyme de nouveau mandat à la tête de l’État pour M. Ramaphosa.

S’il se confirme, ce résultat constituerait cependant la plus mauvaise performance du parti de feu Nelson Mandela à des élections législatives. En 2014, il avait recueilli 62,15 % des voix. « L’ANC est en route vers un solide succès compte tenu de ses mauvais résultats en matière de gouvernance, a résumé l’analyste Daniel Silke. Son recul prive toutefois le parti de toute marge de sécurité et le contraint à réussir, faute de quoi il risque gros lors des élections de 2024. »

Derrière la formation du président, l’Alliance démocratique (DA), principal parti d’opposition, pointe en deuxième position avec 22,6 % des voix, à peine plus qu’il y a cinq ans (22,23 %), selon les résultats partiels. La troisième marche du podium revient aux Combattants pour la liberté économique (EFF) du bouillonnant Julius Malema. En forte progression par rapport aux 6,35 % réunis en 2014, le parti de la gauche radicale totaliserait cette fois 9,63 %.

« Nous sommes satisfaits de notre position puisque nous sommes nettement au-dessus de nos résultats de 2014 », s’est réjoui à l’AFP un des responsables du parti, Dalí Mpofu. Inférieure à 66 %, la participation à ces élections s’annonce par ailleurs en nette baisse par rapport au scrutin de 2014 (73,48 %).

Vainqueur de tous les scrutins post-apartheid, dont le premier marqua l’élection de Nelson Mandela en 1994, l’ANC a vu sa popularité plonger sous le règne émaillé de scandales de Jacob Zuma (2009-2018). Aux élections locales de 2016, l’ANC avait même touché le fond en n’obtenant que 54 % des voix au niveau national.

Malgré la popularité du candidat de l’ANC, Cyril Ramaphosa, celui-ci n’a, au mieux, réussi qu’à limiter la casse pour son parti. Le chef de l’État s’était pourtant montré très sûr de lui en votant mercredi. « Les résultats du scrutin constitueront un encouragement important aux investisseurs », avait-il lancé.

Corruption et déception

Depuis qu’il a poussé Jacob Zuma vers une retraite anticipée début 2018, Cyril Ramaphosa a reconnu les « erreurs » commises par son parti et promis d’éradiquer la corruption et de relancer l’économie. Un an plus tard, l’ancien syndicaliste reconverti avec succès dans les affaires tarde à tenir ses promesses.

Tout au long de sa campagne électorale, il a été confronté à la déception, à l’impatience, voire à la colère d’une part croissante de la population, qui s’estime oubliée de la nation « arc-en-ciel » rêvée par Nelson Mandela. « Nous leur avons donné 25 ans [de pouvoir], mais les pauvres sont toujours plus pauvres et les riches encore plus riches », a résumé mercredi Anmareth Preece, institutrice de 28 ans, électrice à Coligny, dans le nord-ouest du pays. « Il nous faut un gouvernement qui gouverne pour le peuple, pas pour lui-même ».