Au Bénin, abstention massive aux législatives en signe de protestation

Une scrutatrice à Cotonou, dimanche
Photo: Yanick Folly Agence France-Presse Une scrutatrice à Cotonou, dimanche

Le Bénin, pays réputé pour être un exemple de démocratie en Afrique de l’Ouest, a voté dimanche pour élire ses députés lors d’un scrutin historique, marqué par une abstention massive et une coupure totale d’Internet, où l’opposition n’a pas été autorisée à se présenter.

La radio nationale a appelé en vain les 5 millions d’électeurs béninois à « accomplir leur devoir de citoyen » et à se rendre aux urnes pour élire leurs 83 députés. Mais l’opposition, privée de candidats à la suite d’une révision de la loi électorale, avait appelé ses partisans à ne pas aller voter, en signe de protestation. Les Béninois, mécontents de la situation dans leur grande majorité, ne sont pas descendus dans les rues pour manifester, mais ont signifié leur désaccord en boudant les urnes en masse.

Les rues étaient quasi vides à travers le pays, et notamment à Cotonou, la capitale économique, où les commerces et marchés sont restés fermés toute la journée par crainte d’échauffourées. Dans les bureaux de vote, les électeurs ont défilé « au compte-gouttes », expliquait à la mi-journée Kpleli Glele Marius, président d’un bureau de vote de Seme-Podji, région de l’opposant en exil Sébastien Ajavon.

Dans la dizaine de bureaux de vote visités par l’AFP à Seme-Podji, aucun n’a dépassé les 35 votants sur plus de 400 inscrits.

Les représentants de la Commission électorale (Céna) ainsi que les observateurs des partis étaient atterrés et fatigués par des heures d’attente. « On n’a jamais vu ça », confiait l’un d’eux au moment du dépouillement. « La population n’est pas sortie. »

Il semble que même les partisans du président ne se soient pas rendus aux urnes.

« Je ne suis pas un opposant farouche. À vrai dire, je soutiens le président Talon », explique à l’AFP Wilfrid Pokini. « Mais je ne soutiens pas cette élection. Une élection sans opposition, c’est quoi ça ? », s’interroge ce commerçant de Porto Novo. « Ça va trop loin. »

Les principaux opposants au président Talon vivent actuellement en exil, et, récemment, de nombreux militants, politiques ou journalistes ont été interpellés ou convoqués au commissariat.

« La vague d’arrestations arbitraires de militants politiques et de journalistes et la répression des manifestations pacifiques ont atteint un niveau alarmant au Bénin », a souligné Amnesty International dans un communiqué publié vendredi soir.

Le Parlement a approuvé fin 2018 la mise en place d’un nouveau code électoral pour simplifier le paysage politique et empêcher la prolifération des partis (plus de 250 dans un pays de 12 millions d’habitants). Toutefois, même les principaux mouvements de l’opposition ne sont pas parvenus à remplir les conditions imposées par la Céna et n’ont pu présenter leur liste.

Les cinq millions de Béninois inscrits sur les listes électorales devaient choisir entre le Bloc républicain et l’Union progressiste, deux mouvements proches du président Patrice Talon.