Le chef du Conseil militaire de transition démissionne

Un manifestant lance le geste de victoire alors qu'il marchait avec d'autres au cours d'un rassemblement devant le siège de l'armée à Khartoum, la capitale soudanaise, le 12 avril 2019. 
Photo: Ebrahim Hamid Agence France-Presse Un manifestant lance le geste de victoire alors qu'il marchait avec d'autres au cours d'un rassemblement devant le siège de l'armée à Khartoum, la capitale soudanaise, le 12 avril 2019. 

Au lendemain de la destitution d’Omar el-Béchir au Soudan, le chef du conseil militaire de transition désormais aux commandes du pays a renoncé au pouvoir vendredi soir et nommé un autre militaire pour lui succéder, une décision accueillie par des scènes de joie des manifestants à Khartoum.

Plus tôt dans la journée, les militaires au pouvoir avaient démenti avoir mené un coup d’État et se sont efforcés de rassurer la communauté internationale ainsi que les manifestants. Awad Ibn Ouf, le chef du Conseil militaire de transition, a annoncé dans un discours à la nation avoir renoncé à son poste, et nommé à sa place Abdel Fattah al-Burhan Abdelrahmane, inspecteur général des forces armées. Cette déclaration a été accueillie par de scènes de liesse dans la capitale soudanaise

« Ce n’est pas un coup d’État »

« Le rôle du conseil militaire est de protéger la sécurité et la stabilité du pays », a déclaré plus tôt le général Omar Zinelabidine, membre du Conseil militaire. « Ce n’est pas un coup d’État militaire, mais une prise de parti en faveur du peuple », a-t-il ajouté. « Nous ouvrirons un dialogue avec les partis politiques pour examiner comment gérer le Soudan. Il y aura un gouvernement civil et nous n’interviendrons pas dans sa composition », a-t-il dit, répétant des assurances formulées plus tôt par les chefs militaires. Ceux-ci avaient par ailleurs affirmé que le président déchu, qui dirigeait le pays d’une main de fer depuis trente ans, était en détention, mais qu’il ne serait pas « livré à l’étranger », alors qu’il est sous le coup de deux mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI).

Après des semaines de manifestations réclamant son départ, Omar el-Béchir a été renversé jeudi par l’armée, qui a mis en place un Conseil de transition militaire pour deux ans. Affichant leur rejet de cette transition, les manifestants avaient passé la nuit de jeudi à vendredi — la sixième d’affilée — devant le quartier général de l’armée. Malgré le couvre-feu imposé de 20 h à 2 h, la nuit a été calme.

Devant le Conseil de sécurité de l’ONU, l’ambassadeur du Soudan, Yasir Abdelsalam, a aussi essayé de dissiper les craintes de la communauté internationale. Le Conseil de transition militaire « se contentera d’être le garant d’un gouvernement civil », a-t-il dit. Il a en outre ajouté que la période de transition « pourra être réduite en fonction des développements sur le terrain et de l’accord des parties prenantes ».

À l’occasion d’un grand rassemblement pour la prière du vendredi, des milliers de femmes et d’hommes vêtus de blanc ont afflué vendredi sous un soleil brûlant devant le QG de l’armée à Khartoum, selon des témoins. « Je suis impressionné par ce que font ici ces jeunes femmes et hommes », explique Hussein Mohamed, un homme âgé venu d’Omdourman, ville voisine de Khartoum.

Le général Zinelabidine a affirmé vendredi que le Conseil était prêt à travailler « main dans la main » avec les manifestants « pour trouver des solutions » aux problèmes des Soudanais. Il a également réclamé à la communauté internationale des fonds pour régler la crise économique. La décision du gouvernement le 19 décembre de tripler le prix du pain dans ce pays en plein marasme économique avait déclenché les manifestations.

À l’étranger, le renversement d’Omar el-Béchir a été accueilli avec prudence. Les États-Unis, qui maintiennent des sanctions contre le Soudan, pays sur leur liste des États soutenant « le terrorisme », ont exhorté l’armée à intégrer les civils au gouvernement, tout en saluant un « moment historique ». L’Union européenne a aussi appelé l’armée à un transfert « rapide » du pouvoir aux civils, tandis que l’Union africaine a critiqué la « prise de pouvoir par l’armée ».

Près de 50 morts

M. Béchir a tenté de réprimer le mouvement de contestation par la force et instauré le 22 février l’état d’urgence à l’échelle nationale. La police a indiqué en soirée que 16 personnes avaient été tuées par balles réelles ces 48 dernières heures. Un bilan officiel faisait état jusqu’alors de 49 morts depuis le 19 décembre.

Cette « révolution de palais » vise surtout « à protéger le régime et empêcher l’opposition, des civils, des non- islamistes […] de prendre le pouvoir », indique à l’AFP Jérôme Tubiana, chercheur indépendant sur le Soudan. « En fait, la perspective d’une transition démocratique pourrait être encore plus éloignée que lorsque Béchir était en place, dans la mesure où il n’y a pas de centre du pouvoir avec qui négocier », estime pour sa part l’analyste Alex de Waal. « Le fait que Béchir ait accepté sa destitution prouve qu’il s’agit, plutôt que de le livrer à la CPI, de le protéger. Rien d’étonnant de la part d’hommes qui ont été […] ses complices », juge M. Tubiana. Amnistie internationale a appelé à remettre M. Béchir à la Cou pénale internationale. En 2009, cette cour basée à La Haye avait lancé un mandat d’arrêt contre lui pour « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité » au Darfour, ajoutant en 2010 l’accusation de « génocide ».