La pression s’accroît sur le président Omar el-Béchir

Des manifestants grimpent sur un véhicule militaire, aux côtés de soldats, près du quartier général de l'armée à Khartoum, le 7 avril 2019.
Photo: Agence France-Presse Des manifestants grimpent sur un véhicule militaire, aux côtés de soldats, près du quartier général de l'armée à Khartoum, le 7 avril 2019.

La pression s’est accrue mardi sur le président soudanais Omar el-Béchir, après l’appel de la police et de trois pays occidentaux à une transition politique, sur fond de manifestations massives pour le quatrième jour consécutif devant le QG de l’armée à Khartoum.

M. Béchir, au pouvoir depuis un coup d’État en 1989, fait face à son plus grand défi en trente ans de règne sans partage.

Le mouvement de contestation a atteint un pic samedi lorsque des manifestants ont atteint le quartier général de l’armée, situé dans un complexe comprenant également une résidence présidentielle, pour appeler les militaires à ne plus soutenir M. Béchir.

La police soudanaise, un élément clé des forces de sécurité, a annoncé vouloir l’union du « peuple soudanais […] pour un accord qui soutiendrait un transfert pacifique du pouvoir ».

Elle a appelé ses forces à ne pas intervenir contre les manifestants, quelques heures après avoir tenté de les disperser.

 
38
C’est le nombre de manifestants tués depuis le début de la contestation.

Manifester nuit et jour

Mardi soir, les protestataires s’apprêtent à camper pour la quatrième nuit de suite devant le QG de l’armée, après avoir passé une nouvelle journée sous un soleil brûlant à braver l’interdiction de manifester et à scander des slogans antigouvernementaux.

Les ambassades des États-Unis, du Royaume-Uni et de la Norvège ont, elles, demandé la mise en place d’« un plan de transition politique crédible », appelant les autorités soudanaises à « répondre [aux] revendications populaires ».

Cet appel est intervenu après plusieurs tentatives, vaines, de la police et du puissant service de renseignement NISS de déloger les contestataires réunis devant le QG de l’armée.

« Il y a eu des tirs intenses de gaz lacrymogènes, après quoi l’armée a ouvert les portes du complexe pour laisser entrer les manifestants », a décrit un témoin. « Quelques minutes plus tard, un groupe de soldats a tiré en l’air pour repousser les forces de sécurité qui faisaient usage de gaz lacrymogènes. » Rien ne dit si l’armée a tiré en l’air pour protéger les manifestants, comme l’affirment certains témoins, ou pour d’autres raisons : à cette heure, les intentions exactes des militaires restent inconnues.

Au moins 38 manifestants ont été tués depuis le début de la contestation, dont 7 samedi, selon les autorités.

Déclenchées le 19 décembre par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain, les manifestations se sont rapidement transformées en une contestation contre M. Béchir.

Le Soudan, amputé des trois quarts de ses réserves de pétrole depuis l’indépendance du Soudan du Sud en 2011, est aux prises avec une inflation de près de 70 % par an et fait face à un grave déficit en devises étrangères.

Les manifestations de ces derniers jours ont coïncidé avec des coupures d’électricité dans tout le pays.

Depuis le début des contestations, M. Béchir a refusé de démissionner. Après avoir tenté de réprimer la contestation par la force, il a instauré, le 22 février, l’état d’urgence dans tout le pays.