Des étudiants algériens protestent contre la «ruse» de Bouteflika

Sur de nombreuses pancartes, le «5» cerclé et barré de rouge, emblème de la contestation initiale contre un 5e mandat, a laissé la place à un «4 +», refus du prolongement de l’actuel mandat de M. Bouteflika, qui expire le 28 avril.
Photo: Ryad Kramdi Agence France-Presse Sur de nombreuses pancartes, le «5» cerclé et barré de rouge, emblème de la contestation initiale contre un 5e mandat, a laissé la place à un «4 +», refus du prolongement de l’actuel mandat de M. Bouteflika, qui expire le 28 avril.

Des milliers d’étudiants ont manifesté sans incident mardi à Alger et dans d’autres villes du pays pour dénoncer une « ruse » d’Abdelaziz Bouteflika afin de se maintenir au pouvoir, au lendemain du retrait de sa candidature à un 5e mandat et du report sine die de la présidentielle.

« Les étudiants résistent à la prolongation du 4e mandat ! » ont scandé les manifestants — auxquels se sont joints des enseignants. Ils ont brandi de nombreux drapeaux et défilé dans les artères près de la Grande Poste.

La place autour de ce bâtiment emblématique du coeur de la capitale algérienne est restée de longues heures noire de monde, avant que la foule se disperse dans le calme en fin d’après-midi.

« Pacifique, pacifique », ont-ils aussi clamé, reprenant un des mots d’ordre de la contestation née le 22 février, contre la candidature du président Bouteflika à un 5e mandat à la présidentielle, initialement prévue le 18 avril.

« Pas de ruse, Bouteflika », ont encore crié les étudiants algérois, qui manifestaient pour le 3e mardi consécutif, après des appels réitérés sur les réseaux sociaux dès le « message à la Nation » de M. Bouteflika lu lundi soir à la télévision nationale.

Confronté à une contestation inédite en 20 ans de pouvoir, le chef de l’État algérien a annoncé qu’il renonçait à briguer un 5e mandat et a reporté sine die la présidentielle.

Il a prolongé ainsi son mandat jusqu’au prochain scrutin dont la date sera fixée par une « Conférence nationale », dont il souhaite que les travaux s’achèvent « avant la fin de l’année ».

« C’est une ruse pour gagner du temps, pour tenter d’enrayer le mouvement, le temps de ramener une autre marionnette comme président », a déclaré à l’AFP Amel, étudiante en mathématiques-informatique à Alger.

« Bouteflika se moque de nous. Depuis le début il voulait prolonger son mandat […] il a eu ce qu’il voulait […] de manière illégale », a estimé Ghania Bellal, 19 ans, étudiante en 2e année de journalisme à Alger.

Sur de nombreuses pancartes, le « 5 », cerclé et barré de rouge, logo de la contestation initiale contre un 5e mandat, a laissé la place à un « 4 + », refus du prolongement de l’actuel mandat de M. Bouteflika, qui expire le 28 avril.

À la Place Audin, non loin de la Grande Poste, les étudiants ont recouvert un mur de mini-dazibao — pensées, slogans et revendications, drôles, revendicatifs ou poétiques — sur des Post-it multicolores.

Une mobilisation dans tout le pays

Les étudiants se sont également mobilisés, sans incident, dans le reste de l’Algérie : notamment à Constantine, 3e ville du pays, où près d’un millier d’entre eux ont défilé avec des enseignants, selon un journaliste local. Ou encore à Béjaïa, grande ville de Kabylie (nord), où ils étaient plusieurs milliers selon un étudiant.

D’importantes manifestations ont aussi eu lieu à Tizi-Ouzou et à Bouira, en Kabylie, selon les images relayées sur les réseaux sociaux et par des médias.

À Annaba, quelques centaines d’étudiants ont défilé, alors que des assemblées générales se déroulaient dans plusieurs campus.

La France a salué mardi, par la voix du président Emmanuel Macron, la décision « du président Bouteflika », tout en appelant à « une transition d’une durée raisonnable ». Une ingérence mal perçue par les étudiants à Alger, comme on pouvait le lire sur plusieurs Post-it : « Hé la France, on a eu notre indépendance seuls, on a vaincu le terrorisme seuls, on sortira le système seuls », ou « la France et les autres pays : si vous soutenez le mal, vous êtes le mal ».

L’importante mobilisation étudiante constitue une première indication de l’apparent échec des annonces du chef de l’État à calmer la contestation.

Mais le véritable révélateur sera vendredi, premier jour de la fin de semaine et traditionnelle journée de manifestation depuis bientôt trois semaines.


C’est une ruse pour gagner du temps, pour tenter d’enrayer le mouvement, le temps de ramener une autre marionnette comme président