Bouteflika de retour en Algérie

Dimanche, dans le centre d’Alger, un millier de lycéens, drapeaux algériens à la main ou noués autour du cou, se sont rassemblés.
Photo: Ryad Kramdi Agence France-Presse Dimanche, dans le centre d’Alger, un millier de lycéens, drapeaux algériens à la main ou noués autour du cou, se sont rassemblés.

Le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, a regagné dimanche l’Algérie, où il fait face à une contestation inédite en 20 ans de pouvoir, à l’issue de deux semaines d’hospitalisation en Suisse pour des « examens médicaux ».

Son retour — que laissait supposer l’atterrissage sur une base militaire au sud d’Alger d’un appareil aux couleurs algériennes ayant décollé de Genève — a été confirmé officiellement par la présidence algérienne.

Dimanche, des milliers de lycéens ont à leur tour défilé à travers le pays contre la candidature à un 5e mandat que brigue M. Bouteflika, le 18 avril, et une partie du pays a suivi un appel à la grève générale lancé sur les réseaux sociaux.

L’armée et le peuple algériens partagent les « mêmes valeurs » et ont « une vision commune » de l’avenir, a assuré dimanche le général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée algérienne et vice-ministre de la Défense, dans un discours apparemment plus conciliant que ceux prononcés depuis le début d’une contestation inédite contre le président Abdelaziz Bouteflika.

« Se rejoignent […] entre le peuple et son armée […] tous les fondements d’une vision unique du futur de l’Algérie », a assuré le général Gaïd Salah, considéré comme un membre du premier cercle du chef de l’État. L’Algérie et l’armée « sont certainement chanceuses d’avoir ce peuple », a également estimé dimanche le général. Fin février, ce dernier avait vu dans les appels à manifester relayés sur les réseaux sociaux « des appels anonymes douteux, prétendument en faveur de la démocratie » et visant à « pousser les Algériens vers l’inconnu ».

Depuis le 22 février, les Algériens descendent massivement dans la rue pour demander au chef de l’État, qui a fêté ses 82 ans durant son séjour suisse, de renoncer à briguer un 5e mandat.

Les séquelles d’un AVC ont empêché M. Bouteflika de s’adresser de vive voix à ses concitoyens depuis 2013 et ont rendu rares ses apparitions publiques.

Mobilisation totale

Dimanche, dans le centre d’Alger, où les klaxons — expression de contestation — ont résonné toute la journée, un millier de lycéens, drapeaux algériens à la main ou noués autour du cou, se sont rassemblés durant plusieurs heures, scandant notamment « Hé, Bouteflika, pas de 5e mandat », avant de se disperser dans le calme en fin d’après-midi.

Des défilés lycéens ont été signalés dans divers quartiers de la capitale et dans plusieurs villes du pays, où de nombreux lycées étaient fermés dimanche, premier jour de semaine en Algérie. Étudiants et enseignants occupent également plusieurs universités du pays, refusant de se plier à la décision des autorités, la veille, d’avancer d’une dizaine de jours les vacances universitaires et de les allonger de fait d’autant. Les étudiants sont en grève dans plusieurs universités depuis plusieurs jours. Une décision de fermer les cités universitaires durant ces vacances avancées — ce qui aurait contraint les étudiants, nombreux dans les manifestations contre le 5e mandat, à rentrer chez eux — a été rapidement annulée face au tollé. Une nouvelle marche estudiantine est prévue mardi pour la 3e semaine d’affilée.

L’appel à la grève générale a été diversement suivi dans le pays et dans la capitale. À Alger, aucun train — de banlieue ou grande ligne — ne partait des gares et aucun métro, tramway ou bus ne circulait.

Une majorité de magasins du centre commerçant de la capitale n’ont pas ouvert. Le marché Reda Houhou, ex-Clauzel, dans le centre, a fonctionné, mais une partie des commerçants n’ont pas rejoint leur étal. De nombreuses boutiques des quartiers populaires de Bab el Oued ou de Zéralda, en banlieue, sont aussi restées fermées, ont témoigné des habitants.

Dans le quartier de Belouizdad, à cinq kilomètres du centre-ville, quelques magasins de l’artère principale sont restés fermés, mais les supérettes, cafés et boulangeries étaient ouverts, selon un habitant. La situation était similaire à Saoula, dans la banlieue sud d’Alger.

La plupart des administrations ont semblé fonctionner, de même que les entreprises privées. En revanche, « tout le monde » s’est mis « en grève » au siège de la Société nationale des véhicules industriels, dans la banlieue est d’Alger, selon un des 6000 employés de cette entreprise publique de fabrication de camions, bus, véhicules de secours, etc. Les employés du fournisseur national d’électricité et de gaz, Sonelgaz, ont fait grève une heure dans la matinée et recommenceront toute la semaine, a indiqué un salarié. Aucun vol de la compagnie aérienne nationale Air Algérie n’était en revanche annulé.

Hors de la capitale, la situation a été également contrastée, selon les témoignages recueillis par l’AFP.

À Oran (nord-ouest), deuxième ville du pays, « on n’a pas l’impression qu’il y a une grève générale », a indiqué un journaliste local en affirmant que de nombreux commerces étaient ouverts.

À Constantine (nord-est), troisième ville du pays, commerces ouverts et fermés étaient à parité, a rapporté un journaliste local.

À Annaba, quatrième ville du pays, en revanche, tous les marchés, commerces et administrations étaient fermés, selon un journaliste de la ville.

À Béjaia, dans la région de Kabylie (nord), « tout est fermé » : lycées, collèges, administrations et entreprises, a affirmé à l’AFP Achour Idir, un syndicaliste du secteur de l’éducation, qui a décrit une « paralysie totale de la ville ».

Dans un tweet, le conglomérat Cevital (agroalimentaire, grande distribution, industrie et services), plus important groupe privé algérien, s’est déclaré « solidaire avec le mouvement de grève générale […] pour réclamer un changement de système » en Algérie.

Cevital a été fondé par Issad Rebrab, considéré comme la première fortune du pays, qui accuse depuis plusieurs années le gouvernement de bloquer ses investissements en Algérie.

Le site d’information TSA (Tout sur l’Algérie) signale aussi des grèves dans « plusieurs structures » de Sonatrach, l’entreprise nationale des hydrocarbures, sans préciser s’il s’agit de centres administratifs ou de production.