Algérie: face à la contestation, Bouteflika agite le spectre de la guerre civile

Âgé de 82 ans, Abdelaziz Bouteflika est affaibli par les séquelles d’un AVC, qui l’ont empêché depuis 2013 de s’adresser de vive voix à ses concitoyens.
Photo: Ryad Kramdi Agence France-Presse Âgé de 82 ans, Abdelaziz Bouteflika est affaibli par les séquelles d’un AVC, qui l’ont empêché depuis 2013 de s’adresser de vive voix à ses concitoyens.

Le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, a mis en garde contre une possible « infiltration » de la contestation, susceptible de provoquer le « chaos », à la veille de nouvelles manifestations qui s’annoncent importantes contre sa candidature à un 5e mandat.

Dans un message publié par l’agence de presse officielle APS, le président Bouteflika salue d’abord la « maturité » de ceux qui manifestent depuis le 22 février en Algérie pour « exprimer pacifiquement leurs opinions », sans jamais évoquer le mot d’ordre principal : le rejet de sa candidature à l’élection présidentielle.

Il appelle ensuite « à la vigilance et à la prudence quant à une éventuelle infiltration de cette expression pacifique par une quelconque partie insidieuse, de l’intérieur ou de l’extérieur, qui pourrait […] susciter la “Fitna” [discorde] et provoquer le chaos ».

Faisant face, depuis qu’il a annoncé sa candidature, à une contestation inédite depuis qu’il a été élu pour la première fois en 1999, M. Bouteflika n’a pas expliqué qui était susceptible d’être cette « partie insidieuse ».

Réfutant toute « logique d’intimidation » dans ses propos, le chef de l’État algérien a exhorté ses concitoyens, « et en premier lieu les mères, à veiller à la préservation de l’Algérie, en général, et de ses enfants en particulier », en rappelant la « tragédie nationale » de la décennie de guerre civile (1992-2002).

Il a également évoqué les crises provoquées par le terrorisme dans les pays alentour, dénoncé les « haineux à l’étranger » qui « regrettent » que l’Algérie n’ait pas été touchée par « la déferlante du Printemps arabe », des « cercles » qui, selon lui, « n’ont jamais cessé de conspirer contre notre pays ».

Jeudi, la contestation s’est poursuivie, notamment dans la capitale, où les manifestations, officiellement interdites depuis 2001, sont désormais quasi quotidiennes.

Un millier d’avocats du barreau d’Alger se sont rassemblés devant le siège du Conseil constitutionnel qui étudie, depuis le 4 mars, les dossiers de candidature à la présidentielle, réclamant qu’il invalide celle du chef de l’État.

« Nous demandons au Conseil constitutionnel d’assumer ses responsabilités […] cette candidature est irrecevable », a expliqué à l’AFP Me Ahmed Dahim, membre du Conseil de l’ordre des avocats d’Alger, alors que ses confrères scandaient « Non au 5e mandat ! ».

Le Conseil constitutionnel doit statuer sur les candidatures avant le 14 mars. M. Bouteflika a perdu au cours des 24 dernières heures le soutien, qui lui est habituellement acquis, des trois importantes associations liées à la guerre d’indépendance dont il est un ancien combattant, selon des communiqués publiés dans les médias locaux.

Plusieurs dizaines de journalistes se sont également rassemblés sur la Place de la Liberté de la Presse, dans le centre d’Alger, pour protester à nouveau contre les « pressions » exercées selon eux par leur hiérarchie dans leur couverture du mouvement de contestation. Sur les réseaux sociaux, le mot-clic «#Mouvement_du_8mars » appelle à une mobilisation massive vendredi.

Âgé de 82 ans, M. Bouteflika est affaibli par les séquelles d’un AVC, qui l’ont empêché depuis 2013 de s’adresser de vive voix à ses concitoyens et ont rendu rares ses apparitions publiques. Il est officiellement hospitalisé à Genève [en Suisse] pour des examens médicaux et son retour n’avait toujours pas été annoncé jeudi soir, mais son directeur de campagne s’est voulu rassurant. Les récentes informations de presse faisant état d’une dégradation de son état de santé « sont sans fondement », a-t-il assuré.