La colère gronde contre Bouteflika en Algérie

Lundi encore, des marches de protestation souvent emmenées par des étudiants ont été organisées à travers le pays, alors que le camp présidentiel s’est réjoui des promesses du chef de l’État, présentées la veille dans une lettre après le dépôt de sa candidature au Conseil constitutionnel.
Photo: Ryad Kramdi Agence France-Presse Lundi encore, des marches de protestation souvent emmenées par des étudiants ont été organisées à travers le pays, alors que le camp présidentiel s’est réjoui des promesses du chef de l’État, présentées la veille dans une lettre après le dépôt de sa candidature au Conseil constitutionnel.

De nombreux Algériens bouillaient lundi d’une colère contenue, au lendemain de l’officialisation de la candidature à un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, estimant qu’elle révélait son « mépris » de la contestation inédite à laquelle il fait face.

Le message du président Bouteflika, qui a dit avoir « écouté et entendu le cri du coeur des manifestants » qui se rassemblent en masse depuis dix jours contre sa candidature à la présidentielle du 18 avril, ne semble pas avoir été entendu.

« Cette candidature est une insulte au peuple », s’insurge Mohamed, retraité de 69 ans interrogé par l’AFP dans le quartier populaire de Bab el-Oued, à Alger.

La presse indépendante parue lundi affichait elle aussi sa colère. « Envers et contre le peuple », titrait le quotidien francophone Liberté, pour qui la promesse d’un mandat raccourci est une « manoeuvre » destinée à attendre « de reprendre la main ».

Lundi encore, des marches de protestation souvent emmenées par des étudiants ont été organisées à travers le pays, alors que le camp présidentiel s’est réjoui des promesses du chef de l’État, présentées la veille dans une lettre après le dépôt de sa candidature au Conseil constitutionnel.

Ses « engagements » — mandat écourté et importantes réformes, constitutionnelles notamment — ont parfaitement répondu aux revendications exprimées depuis dix jours, ont estimé ses alliés.

Le président « a écouté attentivement le peuple algérien puisqu’il s’est engagé à accéder à leur principale revendication, à savoir un changement de système », explique son parti le Front de libération nationale (FLN).

Son principal allié, le Rassemblement national démocratique du premier ministre Ahmed Ouyahia, estime qu’une « réponse exhaustive aux demandes des citoyens » a été apportée, et espère donc le retour de la « tranquillité ».

La contestation se poursuit

Mais lundi, des manifestations ont été signalées dans plusieurs villes, notamment à Constantine, troisième ville du pays, où un millier de personnes se sont rassemblées, a indiqué un journaliste local à l’AFP. Des étudiants ont également défilé à Blida et Guelma, au nord, selon le site d’information Tout sur l’Algérie.

À Constantine, l’ordre des avocats a décidé d’une grève illimitée à compter de lundi tandis que les étudiants d’une université d’Alger ont déserté le campus, où aucun cours n’a eu lieu. Des appels à la grève et à manifester sont par ailleurs à l’étude dans plusieurs universités du pays, ont confié des étudiants à l’AFP.

Candidature

Bien que largement paralysé depuis un accident vasculaire cérébral dont il a été victime en 2013, M. Bouteflika, 82 ans, devrait sauf grande surprise voir sa candidature validée par le Conseil constitutionnel. Largement composé de fidèles du chef de l’État, le Conseil doit statuer avant le 14 mars, alors que le retour en Algérie de M. Bouteflika, hospitalisé en Suisse il y a plus d’une semaine pour des « examens médicaux périodiques », n’a toujours pas été annoncé.

Le président « a choisi de ne pas répondre aux demandes du peuple », regrette de son côté le quotidien arabophone El Khabar.

Au total, vingt dossiers de candidature ont été déposés dans les délais, a indiqué l’agence de presse officielle APS, sans donner de noms. Mais aucun candidat de poids ne devrait y figurer, les principaux adversaires politiques de M. Bouteflika ayant déclaré forfait.

Une présentatrice quitte le journal télévisé après avoir lu une lettre de Bouteflika en ondes

Alger — Une présentatrice du journal de la télévision publique algérienne a démissionné lundi, furieuse de s’être vue remettre à la dernière minute, la veille, une déclaration écrite du président Abdelaziz Bouteflika, dont elle a dû donner lecture à l’antenne, selon un de ses collègues. Ancienne journaliste de la radio publique, Nadia Madassi présentait depuis 15 ans le journal télévisé du soir de Canal Algérie. À l’ouverture du journal télévisé dimanche soir, Nadia Madassi a donné lecture à ses concitoyens d’extraits d’une « lettre » du chef de l’État, qui y confirmait notamment sa candidature à un 5e mandat, malgré la contestation massive que celle-ci a déclenchée en Algérie. « On lui a remis à la dernière minute le message du président Bouteflika », elle « a été mise mal à l’aise. Elle a très mal vécu cet épisode, elle a décidé de ne plus présenter le JT et de rejoindre la rédaction », a déclaré à l’AFP un journaliste de Canal Algérie, chaîne francophone de la télévision publique. « C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Depuis le début des manifestations, on ne nous laisse pas travailler », a souligné ce collègue.