Nouvelles manifestations en attendant le dépôt de candidature de Bouteflika

À Annaba, à 400 km à l’est d’Alger, plusieurs centaines d’étudiants ont manifesté sur les deux principaux campus et d’autres sont rassemblés sur l’une des principales artères de la ville.
Photo: Agence France-Presse À Annaba, à 400 km à l’est d’Alger, plusieurs centaines d’étudiants ont manifesté sur les deux principaux campus et d’autres sont rassemblés sur l’une des principales artères de la ville.

Des étudiants ont à nouveau manifesté en Algérie dimanche, à quelques heures de l’enregistrement prévu de la candidature à un 5e mandat du président Abdelaziz Bouteflika qui fait face à une contestation inédite depuis son arrivée au pouvoir il y a 20 ans.

Le camp présidentiel avait la semaine dernière annoncé que le dossier de candidature de M. Bouteflika serait déposé ce 3 mars avant minuit (18 h, heure du Québec), délai légal de dépôt des dossiers, malgré la contestation que suscite la candidature du chef de l’État, 82 ans et affaibli par les séquelles d’un AVC depuis 2013.

Plusieurs fourgons supposés transporter les cartons de parrainages de la candidature de M. Bouteflika sont arrivés dimanche au Conseil constitutionnel à Alger, selon les médias algériens.

Dans les fourgons, sans signe distinctif, sont empilés des cartons blancs sur lesquels est inscrit en arabe « Direction de campagne du candidat […] Abdelaziz Bouteflika », a indiqué à l’AFP une journaliste d’un média algérien.

De tels fourgons avaient été vus à l’occasion du précédent scrutin en 2014, peu avant que le chef de l’État ne vienne en personne déposer son dossier au Conseil constitutionnel.

Depuis l’annonce de la candidature de M. Bouteflika à la présidentielle du 18 avril, la contestation a enflé. Vendredi, des manifestations monstres ont rassemblé à Alger et à travers le pays des dizaines de milliers d’hommes et femmes de tous âges.

Mais le président et ses partisans semblent décidés à ne pas céder à la rue.

« Ceux qui ont conditionné leur participation au retrait de la candidature du président de la République, sans le moindre scrupule pour le respect des règles de la compétition politique en démocratie, seront […] déçus », a fait savoir dimanche El-Moudjahid, organe de presse officiel du gouvernement dans son éditorial, traditionnel vecteur de messages.

Samedi, M. Bouteflika a publié son patrimoine, comme l’exige des candidats la loi électorale. Il a également limogé son directeur de campagne Abdelmalek Sellal, 70 ans, un fidèle qui fut son premier ministre et qui a dirigé ses trois précédentes campagnes, victorieuses (2004, 2009, 2014).

Il a été remplacé par Abdelghani Zaalane, ministre des Transports de 54 ans, haut fonctionnaire issu de l’administration préfectorale et peu connu du grand public.

« Bouteflika, dégage ! »

M. Bouteflika a été hospitalisé il y une semaine à Genève pour des « examens médicaux périodiques », selon la présidence, et son retour n’a pas été annoncé.

Sur son site Internet, le Conseil constitutionnel indique que le dossier « doit être déposé par le candidat » sur rendez-vous mais aucune disposition légale ne semble obliger un candidat à s’y présenter en personne.

Le fort déploiement policier autour du Conseil constitutionnel n’a pas empêché une manifestation d’étudiants de tenter d’accéder à ses abords. La police a utilisé un canon à eau pour les disperser.

« Bouteflika, dégage ! », « Algérie libre et démocratique », ont scandé les manifestants, de nombreux automobilistes klaxonnant au passage en signe de solidarité.

Une centaine d’étudiants s’étaient réunis dans le centre de la capitale et de nombreux autres étaient rassemblés à l’intérieur de la Faculté centrale, entourée de policiers, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Six candidatures

À Annaba, plusieurs centaines d’étudiants ont manifesté sur les campus et dans la rue, a rapporté à l’AFP un journaliste local. À Biskra (300 km d’Alger), de nombreux étudiants se sont également rassemblés, selon une étudiante en journalisme.

À Tiaret, « plusieurs centaines d’étudiants ont marché », d’après un habitant contacté par l’AFP.

Le site d’informations TSA signale des rassemblements estudiantins d’ampleurs diverses à Oran et Constantine, 2e et 3e villes du pays, à Bouira, Skikda, Mostaganem et à Guelma.

Principal adversaire de M. Bouteflika aux présidentielles de 2004 et 2014, son ancien premier ministre Ali Benflis a annoncé dimanche renoncer à se présenter à une présidentielle qui n’a plus « lieu d’être » en raison de la contestation.

Le général à la retraite Ali Ghediri, qui a débarqué sur la scène politique fin 2018 en promettant « le changement », a déposé dimanche son dossier au Conseil constitutionnel.

Sa candidature est la 6e enregistrée, après celles de cinq petits candidats dont le plus connu est Abdelaziz Belaïd, 55 ans : transfuge du Front de libération nationale (FLN, formation de M. Bouteflika) qui a créé le Front Al-Moustakbel, il a recueilli 3 % des voix à la présidentielle de 2014.

Le Mouvement de la société pour la paix (MSP), principal parti islamiste qui a rompu en 2012 avec l’alliance présidentielle, a annoncé dimanche qu’il ne participerait pas au scrutin en cas de candidature de M. Bouteflika.