Au Nigeria, l’élection présidentielle est reportée d’une semaine

Des policiers montent la garde devant le matériel électoral à Yola, au Nigeria, le vendredi 15 février.
Photo: Sunday Alamba Associated Press Des policiers montent la garde devant le matériel électoral à Yola, au Nigeria, le vendredi 15 février.

La Commission nationale électorale indépendante du Nigeria (INEC) a décidé de reporter d’une semaine les élections générales (présidentielle et législatives) prévues samedi, arguant des problèmes logistiques à l’issue d’une réunion en urgence dans la nuit de vendredi à samedi.

« Pour pouvoir garantir la tenue d’élections libres, justes et crédibles, organiser le scrutin comme il était convenu n’est plus possible », a déclaré à la presse Mahmood Yakubu, président de l’INEC, annonçant, à quelques heures à peine de l’ouverture prévue des bureaux de vote, que la présidentielle et les législatives se dérouleraient le 23 février.

Les médias locaux annonçaient déjà vendredi soir le report des élections présidentielle et législatives qui doivent se tenir le même jour, avant toute déclaration officielle.

La réunion a débuté moins de huit heures avant l’ouverture prévue des bureaux de vote dans ce pays de 190 millions d’habitants.

Chaque camp s’accusait d’être responsable d’un potentiel report. L’opposition assurait que le scrutin ne pouvait se tenir dans de nombreux États du pays, ceux-ci n’ayant pas reçu les bulletins de vote. Le parti au pouvoir estimait qu’il s’agissait d’un sabotage de l’opposition.

Les deux précédentes élections, en 2011 et en 2015, avaient été reportées plusieurs jours en amont, pour des raisons logistiques.

Violences communautaires

Soixante-six personnes ont été tuées dans le nord-ouest du Nigeria dans des violences communautaires, à la veille prévue de l’élection présidentielle, finalement reportée d'une semaine, dans ce géant instable où des fidèles ont prié vendredi pour la paix.

« Nos agences de sécurité ont retrouvé 66 cadavres de personnes tuées par des criminels et dispersés dans le district de Kajuru », a écrit Nasir El-Rufai, gouverneur de l’État de Kaduna (centrenord), sur sa page Facebook. « Parmi les victimes se trouvent 22 enfants et 12 femmes », ajoute le gouverneur.

Ces violences semblent être liées aux tensions récurrentes entre agriculteurs sédentaires, à majorité chrétienne, et éleveurs nomades peuls.

« La situation depuis ces trois dernières années est très instable, et nous faisons face à des enlèvements d’enfants (contre rançon) constants et des tueries », rapporte Maisamari Dio, président de l’association de la communauté des Adara (agriculteurs). Selon lui, ces dernières tueries entre les deux groupes, enfermés dans un cycle infernal de vengeance, ont commencé dans la nuit de dimanche à lundi, où 11 personnes ont été tuées par des groupes criminels peuls.

« Le gouvernement demande aux leaders communautaires, traditionnels et religieux dans ce district d’éviter toute vengeance et de faire confiance aux forces de sécurité et à la justice », a martelé le gouverneur, M. El-Rufai.

Le gouverneur, proche du président Muhammadu Buhari — tous deux en lice pour un nouveau mandat —, est sévèrement critiqué pour son incapacité à rétablir la sécurité dans l’État de Kaduna, victime d’attaques de groupes armés et voleurs de bétail, et où s’affrontent de nombreux groupes religieux extrémistes.

Kaduna avait également été le foyer de très grandes violences électorales en 2011, où des centaines de chrétiens avaient été tués après la défaite du candidat musulman, l’ex-général Muhammadu Buhari, face au chrétien Jonathan Goodluck.

Désormais président, l’ancien général Buhari affrontera Atiku Abubakar, autre Haoussa du Nord, pour un scrutin qui s’annonce particulièrement serré et tendu. Les résultats devraient être annoncés dans les 48 heures suivant le scrutin, mais le procédé de comptage des voix est complexe et peut prendre du temps.

Muhammadu Buhari reste largement soutenu dans le nord du pays, où il est perçu comme un homme autoritaire et humble, contrairement à son adversaire du PDP, un homme d’affaires millionnaire qui a fait ses affaires dans le Sud, notamment à Lagos.

Éradiquer Boko Haram

Le chef de l’État a été acclamé vendredi à son arrivée à Daura, sa ville d’origine, dans l’État de Katsina (nord-ouest), où des centaines de partisans en liesse se sont joints à lui pour la grande prière du vendredi.

« J’appelle tout le peuple de Daura à sortir [samedi] et à voter en masse », a lancé l’émir de Daura, une figure traditionnelle très respectée et écoutée chez les Haoussas.

À Mubi, deuxième plus grande ville de l’État de l’Adamawa (nord-est), région d’origine d’Atiku Abubakar, les voix semblent être divisées entre les deux candidats. Buhari, qui a été élu en 2015 avec la promesse d’éradiquer le groupe Boko Haram, a libéré la ville des djihadistes.

« La vie était tellement difficile à cette époque, se souvient Mohammedu Malla, vendeur dans le marché de la ville. Mais Dieu nous a fait un grand cadeau en nous apportant baba [Papa] Buhari. »

Toutefois, ses faibles performances économiques, marquées par une grave récession en 2016-2017 et par une forte inflation, pourraient lui coûter son fauteuil.

« Nos enfants n’ont pas de travail, regrette Hagatu David, vendeuse de noix de cajou. Ils finissent leurs études et ils sont toujours au chômage. Je vais voter pour Atiku, car je pense qu’il peut améliorer la situation du Nigeria », où 87 millions de personnes vivent sous le seuil de l’extrême pauvreté.

La sécurité reste toutefois un très grand enjeu de ce scrutin.

Dans la capitale économique, Lagos, à plus de 1000 km de Daura, l’imam de la Mosquée centrale a « imploré la protection de Dieu pour nous tous dans ce moment important ».

Il a appelé les fidèles à faire preuve de « sérénité » : « Si vous voyez des gens voler des urnes, voler des bulletins et s’enfuir, je vous le dis maintenant : n’y participez pas. »