Bras de fer au Zimbabwe

La colère a éclaté lundi au Zimbabwe après l’annonce du doublement des prix des carburants.
Photo: Jekesai Njikizana Agence France-Presse La colère a éclaté lundi au Zimbabwe après l’annonce du doublement des prix des carburants.

Le régime zimbabwéen a continué vendredi à réprimer la fronde contre l’augmentation des prix des carburants en coupant de nouveau les principaux réseaux sociaux, perçus comme un outil d’« incitation à la violence » qui a valu à l’opposant Evan Mawarire d’être maintenu en détention.

Mardi déjà, le gouvernement avait bloqué l’accès à Internet, avant de le rétablir partiellement mercredi soir. Mais vendredi, les connexions ont été à nouveau interrompues.

« Nous avons reçu ordre de bloquer totalement l’accès à l’Internet jusqu’à nouvel ordre », a expliqué le principal opérateur téléphonique du pays, Econet, dans un texto envoyé à ses clients vendredi matin.

En fin d’après-midi, la mesure a toutefois été assouplie. « Nous avons reçu l’instruction ministérielle d’ouvrir l’accès à Internet, à l’exception de réseaux sociaux précis », a annoncé Econet.

Facebook et le site de messagerie WhatsApp restaient ainsi toujours inaccessibles en début de soirée.

Le pasteur contestataire Evan Mawarire, arrêté mercredi, est justement poursuivi pour « incitation à la violence » via les réseaux sociaux et pour « subversion ». Vendredi, la justice a décidé de le maintenir en détention jusqu’au 31 janvier. « L’État a établi un lien entre l’accusé et ce qui lui est reproché », a déclaré la juge Lucy Mungwari face au pasteur qui portait autour du cou un drapeau du Zimbabwe.

Son avocate, Beatrice Mtetwa, a dénoncé un « déni de justice », alors que son client encourt jusqu’à 20 ans de prison.

Un pays à l’économie exsangue

Dans le pays vendredi, la vie a repris progressivement ses droits après plusieurs jours de paralysie causée par une grève générale, des manifestations violentes et la répression brutale ordonnée par le régime.

Fermés pendant les troubles, les magasins ont commencé à rouvrir dans les grandes villes du pays, ont constaté des journalistes de l’AFP.

À Bulawayo, fief de l’opposition, de longues files d’attente se sont formées devant les supermarchés, gardés par des policiers et des soldats. Les clients attendaient patiemment pour se ravitailler en produits de première nécessité.

La colère a éclaté lundi au Zimbabwe après l’annonce du doublement des prix des carburants, une goutte d’eau qui a fait déborder le vase dans un pays à l’économie exsangue.

Lors de son arrivée au pouvoir fin 2017 après la chute du président Robert Mugabe, Emmerson Mnangagwa s’était pourtant engagé à relancer l’économie après deux décennies de crise. Mais la population a très vite déchanté.

La crise s’est aggravée ces derniers mois : les entreprises, les particuliers et l’État manquent cruellement de liquidités et les Zimbabwéens subissent des pénuries de denrées alimentaires et de médicaments notamment.

Lors des violences du début de la semaine, trois personnes ont été tuées, selon la police. Mais les ONG de défense des droits de l’homme avancent un bilan plus élevé, allant jusqu’à 16 morts.

Les témoignages recueillis par l’AFP font aussi état de nombreux passages à tabac et d’arrestations arbitraires.

La riposte des autorités à la contestation a suscité des condamnations de la communauté internationale.

L’ONU a dénoncé un « usage excessif de la force » et demandé la libération immédiate des personnes détenues pour avoir exercé leur droit à la liberté de réunion.

Elle a également appelé Harare « à trouver des moyens d’engager le dialogue avec la population au sujet de ses griefs légitimes ».

Pour l’analyste Charles Laurie, du cabinet Verisk Maplecroft, « tirer sur des manifestants non armés, kidnapper des opposants politiques et inculper de trahison des responsables de l’opposition sont des tactiques copiées mot pour mot » sur celles utilisées par le régime Mugabe.

« Les décisions inconstantes d’un gouvernement préoccupé par sa survie politique laissent présager des jours difficiles pour l’économie » du Zimbabwe, a-t-il estimé.