RDC: l’identité du successeur de Kabila reste un mystère

Des dizaines d’électeurs faisaient la file le 30 décembre dernier devant un bureau électoral de la capitale de la République démocratique du Congo, Kinshasa, afin de se prononcer sur l’identité du prochain président de l’État africain.
Photo: Luis Tato Agence France-Presse Des dizaines d’électeurs faisaient la file le 30 décembre dernier devant un bureau électoral de la capitale de la République démocratique du Congo, Kinshasa, afin de se prononcer sur l’identité du prochain président de l’État africain.

La commission électorale a annoncé dimanche qu’elle faisait durer l’attente avant de proclamer le nom du successeur du président sortant, Joseph Kabila, en République démocratique du Congo (RDC).

La Commission électorale nationale indépendante (CENI), chargée de la proclamation des résultats à la suite de l’élection présidentielle du 30 décembre, a confirmé qu’elle ne pouvait rien annoncer au moment de la date butoir de dimanche, qu’elle avait elle-même fixée.

« Nous demandons à l’opinion nationale de garder patience », a déclaré le président de la CENI, Corneille Nangaa, sans avancer aucune autre date. « Ce que nous gérons, c’est délicat », a-t-il ajouté.

Trois candidats sont en course pour succéder au président Kabila : son héritier, qui a le total soutien de l’appareil étatique et des forces de sécurité, l’ex-ministre de l’Intérieur Emmanuel Ramazani Shadary, et deux opposants, Martin Fayulu et Félix Tshisekedi. Le président Kabila a renoncé à briguer un troisième mandat, interdit par la Constitution. Une première pour un dirigeant congolais.

Le président de la CENI a été « invité » à donner les vrais résultats par la puissante Conférence épiscopale, qui a formé la principale mission d’observation électorale. Elle a renvoyé M. Nangaa à sa « responsabilité » en cas de « soulèvement de la population » s’il n’annonce pas des résultats « conformes à la vérité des urnes ». La conférence épiscopale affirme même connaître le nom du vainqueur grâce à ses 40 000 observateurs dans les bureaux de vote dimanche dernier.

Très confiante, la coalition autour du candidat d’opposition Martin Fayulu a aussi mis en garde M. Nangaa « contre toute tentative de modifier les résultats affichés devant les bureaux de vote ».

Des pressions sont également venues des États-Unis, qui ont menacé les responsables congolais de sanctions financières.

Dénonçant « des diplomates qui s’évertuent à nous menacer », M. Nangaa a à son tour mis en garde « ceux qui pensent qu’ils peuvent influencer la décision de la CENI ». « Non. La Céni va annoncer des résultats conformément à la loi », a-t-il déclaré — sans reprendre le terme « conformément à la vérité des urnes », très entendu ces jours-ci.

La cause officielle du retard des résultats ? Leur lente remontée depuis les bureaux de vote vers la CENI. « Le taux de traitement, qui était de 20 % le 3 janvier, est à ce jour à 53 % », selon M. Nangaa.

Déploiement militaire

Par crainte de troubles, le président américain, Donald Trump, a fait savoir qu’il avait positionné 80 éléments des forces armées au Gabon, à une heure trente de vol de Kinshasa, officiellement pour protéger les intérêts américains en RDC.

Ces troupes disposent « d’équipements de combat appropriés » et d’autres pourraient être déployés au besoin au Gabon, au Congo-Brazzaville et même en RDC, a ajouté M. Trump. Ces forces « resteront dans la région jusqu’à ce que la situation en RDC devienne telle que leur présence n’est plus nécessaire ».

« C’est bon pour nous, ça fait monter la pression », se félicite-t-on dans l’entourage de l’opposant Fayulu.

Spécialiste de l’Afrique centrale à l’Institut français des relations internationales, le chercheur Thierry Vircoulon ne se fait aucune illusion : quoi qu’il arrive, c’est le dauphin du pouvoir, Emmanuel Ramazani Shadary, qui va être proclamé vainqueur par la CENI. Une fois président, il devra cohabiter avec son prédécesseur, Kabila, à qui la Constitution réserve un siège de sénateur à vie. « L’importance des élections du 30 décembre 2018 ne réside donc pas dans l’alternance présidentielle tant attendue, mais dans la possible création par ceux qui veulent prolonger leur pouvoir d’un bicéphalisme problématique et incertain », soutient M. Vircoulon.

L’expert envisage plusieurs scénarios, jusqu’au renversement de Ramazani Shadary par Joseph Kabila s’il s’émancipe trop vite.

Les habitants de Beni et de Butembo dans le Nord-Kivu, une province de l’est du pays, ont en tout cas célébré la victoire de l’opposant Martin Fayulu samedi soir, d’après des témoins. Rien d’officiel cependant : ils n’avaient organisé qu’un vote symbolique après que le scrutin eut été annulé dans leur région, officiellement pour cause d’épidémie d’Ebola et d’attaques d’un groupe armé.