RDC: l’Église accroît la pression sur la Commission électorale

Des votants attendaient leur tour, à Goma, dimanche dernier.
Photo: Patrick Meinhardt Agence France-Presse Des votants attendaient leur tour, à Goma, dimanche dernier.

L’Église catholique a repris jeudi son rôle de contre-pouvoir en République démocratique du Congo en affirmant connaître le nom du vainqueur de l’élection présidentielle pour mieux demander à la Commission électorale (CENI) de proclamer les résultats « dans le respect de la vérité et la justice ».

La puissante Conférence épiscopale (CENCO) « constate que les données à sa disposition issues des procès-verbaux des bureaux de vote consacrent le choix d’un candidat comme président de la République », a-t-elle indiqué en présentant le rapport préliminaire de ses observateurs électoraux.

« Il est important de souligner que les irrégularités observées n’ont pas pu entamer considérablement le choix que le peuple congolais a clairement exprimé dans les urnes », a ajouté le secrétaire général et porte-parole de la CENCO, l’abbé Donatien Nshole.

« À cet effet, la CENI est appelée en tant qu’institution d’appui à la démocratie à publier en toute responsabilité les résultats des élections dans le respect de la vérité et de la justice », a-t-il conclu.

Mercredi, c’est le président de la mission d’observation de l’Union africaine, l’ex-président malien Dioncounda Traoré, qui avait demandé à deux reprises que les futurs résultats proclamés « soient conformes à la volonté des électeurs ».

« Arrêtez de nous intimider, arrêtez d’essayer d’influencer la décision de la CENI », a répondu son président, Corneille Nangaa, ajoutant que « certains observateurs, dans un excès de zèle, vont au-delà de leurs prérogatives ».

Circonstances difficiles

Trois candidats sont en course pour la succession du président Joseph Kabila : son dauphin Emmanuel Ramazani Shadary et les deux opposants, Martin Fayulu et Félix Tshisekedi. Le pouvoir se déclare « serein » et l’opposition prévient qu’elle ne se laissera pas ravir la victoire.

Dans ce contexte explosif en RDC, où l’accès à Internet et l’envoi de SMS sont coupés depuis lundi, le président de la CENI a préparé les esprits à un report de la proclamation des résultats provisoires originellement prévue « au plus tard » dimanche.

« Nous ne dormons pas. Nous faisons de notre mieux pour qu’on publie les résultats le 6 janvier. Mais si on n’y arrive pas, à l’impossible nul n’est tenu », a-t-il d’abord déclaré à l’AFP.

Les États-Unis ont de leur côté appelé les autorités électorales de RDC à « respecter » le choix des Congolais qui se sont rendus aux urnes pour désigner le nouveau président, en publiant des résultats « exacts ». « Ceux qui sapent le processus électoral, qui menacent la paix, la sécurité ou la stabilité de la RDC ou qui bénéficient de la corruption risquent de ne plus être les bienvenus aux États-Unis ou de voir leur accès au système financier américain interdit », a prévenu le département d’État américain dans un communiqué publié jeudi.

Les élections présidentielles, législatives et provinciales de dimanche dernier ont été trois fois reportées depuis la fin du deuxième et dernier mandat de M. Kabila en décembre 2016.