En RDC, l’opposition conteste le vote sitôt terminé

Un Congolais en train d’exercer son droit de vote dans un bureau électoral de la capitale de la RDC, Kinshasa, à l’occasion de la tenue du scrutin présidentiel qui a été reporté à trois reprises depuis deux ans.
Photo: John Wessels Agence France-Presse Un Congolais en train d’exercer son droit de vote dans un bureau électoral de la capitale de la RDC, Kinshasa, à l’occasion de la tenue du scrutin présidentiel qui a été reporté à trois reprises depuis deux ans.

Les responsables électoraux de la République démocratique du Congo (RDC) ont commencé à compter les votes dimanche soir, même si de nombreux bureaux restaient ouverts pour la nuit pour compenser les longs retards pour les électeurs.

Les électeurs congolais étaient appelés aux urnes afin de choisir le successeur du président sortant, Joseph Kabila. Les deux principaux candidats d’opposition, Martin Fayulu et Félix Tshisekedi, font la lutte à l’ancien vice-premier ministre Emmanuel Ramazani Shadary, le dauphin de Joseph Kabila. En vertu de la Constitution, le président Kabila aurait dû laisser son poste en 2016. Son gouvernement a toutefois annulé à trois reprises les élections. M. Kabila a pris le pouvoir après l’assassinat de son père, en 2001.

À défaut de résultats encore disponibles, les deux principaux candidats de l’opposition ont déjà contesté dimanche soir le déroulement des opérations de vote dans le plus grand pays d’Afrique subsaharienne.

Quatre personnes ont été tuées dans la province du Sud-Kivu, où un agent électoral a voulu bourrer les urnes en faveur du dauphin du président sortant Joseph Kabila, Emmanuel Ramazani Shadary, a accusé un proche du candidat de l’opposition Félix Tshisekedi.

Pas n’importe quel proche : Vital Kamerhe, ex-président de l’Assemblée nationale, ex-candidat en 2011, et homme fort du Sud-Kivu. « Le peuple va assumer son choix », a lancé M. Kamerhe, qui deviendrait premier ministre en cas de victoire de M. Tshisekedi.

Ce dernier a par ailleurs accusé le gouvernement de la RDC de créer délibérément le chaos électoral afin d’entraîner une éventuelle contestation en cour risquant de prolonger le temps au pouvoir de Joseph Kabila.

L’autre candidat de l’opposition, Martin Fayulu, a dénoncé « de nombreuses et graves irrégularités » dans le déroulement des opérations de vote. M. Fayulu affirme par exemple que ses observateurs « ont été chassés de plusieurs bureaux de vote ».

Sans revendiquer la victoire, M. Fayulu a écarté l’hypothèse de celle du candidat du pouvoir : « Est-ce que quelqu’un de sérieux peut dire que Shadary a gagné l’élection ? »

« J’ai déjà gagné. Je serai élu, c’est moi le président à partir de ce soir », avait affirmé le même Emmanuel Ramazani Shadary dès le matin en sortant d’un bureau de vote.

Plusieurs ratés

Le bureau de vote de l’école Les Anges à Kinshasa n’a pu être ouvert durant la journée, car il ne disposait pas de câbles pour alimenter les machines de vote et que le bureau n’avait pas encore de liste électorale. À midi, des électeurs frustrés ont pillé le bureau de vote, déchiré des bulletins de vote et brûlé des machines à voter. La police a rétabli l’ordre sans faire de victimes.

Le bureau Les Anges a finalement obtenu ce dont il avait besoin et a ouvert après l’heure de fermeture officielle du vote à l’échelle du pays. Les responsables des élections ont déclaré que le bureau resterait ouvert jusqu’à ce que tous les gens en file aient voté. À la tombée de la nuit, un générateur d’électricité a été installé pour aider les gens à voter dans l’obscurité.

D’autres bureaux de vote ont fermé et le dépouillement du vote a commencé. Les résultats officiels doivent être annoncés d’ici le 15 janvier, mais des résultats préliminaires sont attendus plus tôt.

Corneille Nangaa, chef de la commission électorale, a déclaré à Associated Press que près de 50 bureaux de vote dans la capitale, Kinshasa, étaient restés inactifs pendant des heures, car aucune liste des électeurs inscrits n’avait été livrée. La ville tentaculaire est un bastion de l’opposition.

M. Nangaa a lui-même apporté certaines des listes aux bureaux de vote, au milieu de gens dans de longues files criant « Nous voulons voter ! ». Certains, découragés, avaient quitté les lieux avant d’avoir pu voter. Une fois les listes livrées, les foules se sont précipitées aux urnes.

Des groupes d’observateurs ont signalé plusieurs autres problèmes dans ce vaste pays africain, qui attendait depuis plus de deux ans le vote longtemps différé. Des bureaux de vote ont été déplacés à la dernière minute, des listes d’électeurs étaient manquantes et un certain nombre de nouvelles machines pour voter ne fonctionnaient pas, a indiqué Luc Lutala, porte-parole du groupe civique Symotel, qui a déployé 19 000 observateurs.

« Nous savions qu’il y aurait des problèmes, mais c’est bien au-delà de ce que nous avions anticipé », a soutenu M. Lutala.

Il s’agit de l’avenir d’un pays riche en minéraux, y compris ceux qui sont essentiels aux téléphones intelligents et aux voitures électriques du monde. Pourtant, le Congo reste désespérément sous-développé, avec une corruption et une insécurité largement répandues.

La crainte d’Ebola

Des gens se sont organisé dimanche pour voter à Beni, malgré l’interdiction. Des troubles électoraux avaient été redoutés après la décision de dernière minute d’interdire à un million de personnes le droit de vote en raison d’une épidémie mortelle de virus Ebola dans l’est du pays. La décision a été largement critiquée, car elle menaçait la crédibilité de l’élection et mettait en danger le personnel de santé alors que les gens protestaient.

Le vote dans les villes de Beni et de Butembo, touchées par le virus Ebola, a été reporté au mois de mars, longtemps après l’assermentation prévue du nouveau dirigeant du Congo, en janvier.

Dimanche, plus de 10 000 personnes se sont alignées à Beni pour organiser leur propre élection, s’engageant à communiquer les résultats à la commission électorale. Les gens ont déposé des bulletins de vote en papier et beaucoup ont chanté en swahili : « Le vote est notre droit et personne ne peut nous arrêter. »

Avant de voter, ils ont lavé leurs mains pour se protéger contre le virus Ebola, qui se transmet par des fluides corporels infectés. « Nous n’avons pas le virus Ebola. Kabila est pire que l’Ebola », a dit Jacob Salamu, 24 ans, qui votait pour la première fois.