RDC: à trois jours des élections, Kinshasa vise un représentant de l'UE

Des partisans de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) lors d’une manifestation à Kinshasa, la semaine dernière
Photo: Luis Tato Agence France-Presse Des partisans de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) lors d’une manifestation à Kinshasa, la semaine dernière

Kinshasa a demandé le départ du représentant de l’Union européenne à trois jours des élections prévues dimanche en République démocratique du Congo, où une partie de l’opposition a lancé un appel à la grève générale vendredi.

Kinshasa « invite instamment » Bruxelles à rappeler « dans les 48 heures » son chef de mission en République démocratique du Congo, a déclaré le chef de la diplomatie congolaise, Léonard She Okitundu, à des diplomates occidentaux.

Il s’agit d’une mesure de rétorsion de la RDC après le prolongement, le 10 décembre, des sanctions européennes qui visent 14 officiels congolais, dont le candidat du pouvoir à l’élection présidentielle, Emmanuel Ramazani Shadary. Plusieurs responsables du régime du président Joseph Kabila, dont son dauphin M. Ramazani Shadary, ont été accusés de violations des droits de la personne. « Le Conseil réexaminera à nouveau les mesures restrictives compte tenu des élections en RDC et se tient prêt à les adapter en conséquence », avait indiqué l’Union européenne.

Relance des contestations

En politique intérieure, la coalition autour du candidat d’opposition Martin Fayulu a appelé à une journée « ville morte » dans toute la RDC pour protester contre le report partiel des élections qui concerne plus d’un million d’électeurs sur 40, principalement dans le Nord-Kivu à Beni et Butembo.

La Commission électorale nationale indépendante (CENI) « vient de dépasser une ligne rouge », a déclaré la coalition « Lamuka », soutenue par deux poids lourds de l’opposition au président Joseph Kabila, Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba.

La coalition « exige que la commission électorale retire instamment cette décision injustifiée ».

Pas question pour autant de boycotter le scrutin, a précisé son directeur de campagne, Pierre Lumbi.

L’autre pilier de l’opposition, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), et son candidat Félix Tshisekedi « condamnent » le report mais avaient indiqué dès mercredi qu’ils iraient aux élections.

De son côté, la Majorité présidentielle (MP) du président Kabila a lancé un appel à la « sérénité » en affirmant comprendre la décision de la CENI.

Mercredi, la centrale responsable des élections a reporté au mois de mars les élections dans la région de Beni-Butembo (est) et à Yumbi (ouest) en raison de l’épidémie d’Ebola, des tueries de civils à Beni et à Butembo et de récents massacres communautaires à Yumbi.

L’opposition a déclaré que ce report est « inacceptable », faisant valoir que la CENI exclut du vote des bastions anti-président Kabila.

Le ministre de l’Intérieur, Henri Mova, avait demandé au président de la CENI, Corneille Nangaa, de tenir compte du contexte « sanitaire et sécuritaire » à Beni dans l’organisation des élections.

Violences

La police a tiré et envoyé des gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants à Beni, qui protestaient contre le report du vote, a constaté un correspondant de l’AFP.

Au moins six personnes ont été arrêtées à Goma, où des barricades ont été dressées en plusieurs points du chef-lieu provincial du Nord Kivu, selon une autre équipe de l’AFP.

Les élections présidentielle, législatives et provinciales prévues dimanche doivent entre autres désigner le successeur du président Kabila, qui ne peut pas se représenter, d’après la Constitution.

Ces élections ont été trois fois reportées depuis la fin du deuxième et dernier mandat constitutionnel du président Kabila : de décembre 2016 à décembre 2017, de décembre 2017 au 23 décembre 2018, puis du 23 au 30 décembre 2018.

Le président Kabila a désigné un « dauphin » : son ex-ministre de l’Intérieur sous sanctions de l’Union européenne Emmanuel Ramazani Shadary.