Le prix Nobel de la paix Denis Mukwege de retour en RDC

Le chirurgien congolais Denis Mukwege a reçu un prix Nobel de la paix en octobre dernier. 
Photo: Fredrik Lerneryd Agence France-Presse Le chirurgien congolais Denis Mukwege a reçu un prix Nobel de la paix en octobre dernier. 

Entre deux averses, des milliers d’habitants de Bukavu, dans l’est de la République démocratique du Congo, ont fêté jeudi le retour au pays de l’enfant prodigue devenu prix Nobel de la paix, Denis Mukwege, le chirurgien qui « répare les femmes » victimes de viols.

« On a gagné, on a gagné ! », chantonne Mamy Magasine, esquissant un pas de rumba dans la cour détrempée du collège Malfaire des Pères Jésuites de la capitale du Sud-Kivu. « Il est la fierté des femmes congolaises, et même des femmes du monde entier », affirme la chef de division provinciale du genre, de l’enfant et de la famille du Sud-Kivu.

Le chirurgien, écharpe aux couleurs congolaises au cou, vient de terminer son discours par un « Je vous aime de tout mon coeur ». Sous les ovations d’une foule dans laquelle prédominent les femmes, portant souvent un boubou vert.

Il était arrivé trois heures auparavant à l’aéroport Kavumu, dans un avion des Nations unies. Puis il était parti dans un véhicule escorté par des Casques bleus, entre une haie d’honneur formée par des centaines de femmes de la société civile et d’associations venues l’accueillir.

Depuis la tentative d’assassinat dont il a été la cible chez lui en octobre 2012, le chirurgien vit sous protection de la Mission de l’ONU en RDC. Et il habite au sein de l’hôpital Panzi, l’établissement dans lequel il soigne les femmes victimes des viols des soudards de toutes espèces, rebelles comme soldats de l’armée nationale ou encore démobilisés.

Aux abords de Bukavu, lorsque la route se transforme en énormes ornières remplies de flaques profondes, de grands embouteillages se sont formés dans un joyeux capharnaüm de camions.

L’un de ces véhicules a perdu sa citerne de mazout, aussitôt pillée par des centaines d’habitants munis de jerricans, de pick-up et de motos-taxis.

« C’est notre vieux, nous l’aimons beaucoup, il fait du bien, partout où il ira je l’accompagnerai », s’exclame David Enoch, ajoutant : « Bien que je sois sans emploi ! ».

Arrivé au collège, et après l’hymne congolais qui dit notamment : « Nous bâtirons un pays plus beau qu’avant, dans la paix », le chirurgien a montré à l’assistance son prix Nobel, et la médaille, précisant qu’il avait aussi reçu 400 000 dollars « qui serviront à continuer à soigner les personnes violées ».

« C’est un beau jour pour moi, ce prix est votre prix, protégez-le ! », a-t-il lancé.

« Construisons une paix durable ! », a-t-il poursuivi, suscitant une ovation.

Dans un discours en swahili, avec parfois des passages en français, et faisant appel en même temps aux sentiments et à la raison, Denis Mukwege a demandé « justice » avec la création d’un Fonds mondial pour la réparation des victimes de crimes de viols, appelant les pays membres de l’ONU à y participer.

« Lui, notre président »

« Pourquoi pas un tribunal spécial pour le Congo », a-t-il demandé, rappelant les exemples des Tribunaux spéciaux pour le Rwanda et l’ex-Yougoslavie. Il a appelé à « l’État de droit » (ovation), ajoutant : « Un pays sans violence, c’est un peu difficile, mais pas impossible ».

Après avoir noté qu’aucun homme politique local ne s’était déplacé pour assister à la cérémonie, le Dr Muwkege a appelé au « respect de la Constitution », et constaté que le « processus électoral est dans l’impasse ».

Une claire allusion au président Joseph Kabila qui se maintient au pouvoir depuis 17 ans et aux élections prévues dimanche, déjà annulées dans certains territoires.

Il n’a cependant pas demandé jeudi à Bukavu son départ du pouvoir comme il l’avait fait récemment dans une tribune publiée par le New York Times.

Le Dr Mukwege a appelé « tous les responsables » à prendre « la mesure de la gravité de la situation pour éviter le chaos », ajoutant « On en a marre ! », sous les acclamations de l’assistance.

« C’est lui notre président, assurait sobrement un jeune en quittant le collège. Parce qu’il parle de paix ».