L’ONU et l’Occident tenus à l’écart des élections en RDC

Le président de la RDC, Joseph Kabila, a accepté de ne pas briguer un troisième mandat, ce qui est interdit par la Constitution du pays.
Photo: John Wessels Agence France-Presse Le président de la RDC, Joseph Kabila, a accepté de ne pas briguer un troisième mandat, ce qui est interdit par la Constitution du pays.

« Circulez, il n’y a rien à voir » : c’est le message de Kinshasa à ses partenaires occidentaux et aux Nations unies à une semaine des élections en République démocratique du Congo (RDC), prévues le 23 décembre.

Au nom de sa « souveraineté nationale », l’État africain refuse toute aide logistique et financière de la communauté internationale et toute mission d’observation électorale venue de l’Occident, et ce, alors que l’ONU entretient en RDC une de ses missions les plus importantes depuis 1999.

Le pouvoir congolais affirme pouvoir se passer des avions et des hélicoptères de la mission des Nations unies au Congo (MONUSCO) pour transporter le matériel électoral. Dans ce pays qui couvre 2,3 millions de km2 et qui compte neuf frontières — tout cela relié par seulement 3400 kilomètres de réseau routier asphalté —, le coût des trois scrutins présidentiel, législatifs et provinciaux est estimé à 500 millions de dollars, soit 10 % du budget annuel de l’État.

« Nous ne sommes pas des mendiants, a justifié le président, Joseph Kabila, au quotidien belge Le Soir. Le Congo, certes, a des problèmes, mais c’est aussi un pays d’hommes et de femmes dignes. »

Nous ne sommes pas des mendiants

Seules quelques centaines d’observateurs africains sont annoncées pour observer le déroulement du vote, dans 80 000 bureaux de vote ouverts aux 40 millions d’électeurs enregistrés.

Guère convaincu, le candidat d’opposition Martin Fayulu a cette semaine multiplié les appels à la « communauté internationale » après les tirs autour de ses déplacements électoraux, qui ont fait au moins quatre morts selon plusieurs sources.

Une mission critiquée

Au cours de la dernière année, 27 Casques bleus sont morts en RDC, selon la MONUSCO. Dans le même temps, Kinshasa a multiplié les camouflets envers la mission onusienne, dont le président Kabila a publiquement mis en cause l’efficacité contre les groupes armés dans l’est en début d’année.

En mars, l’État africain a demandé le départ de la MONUSCO d’ici 2020. Puis, en juillet, le pouvoir congolais a fait comprendre au secrétaire général de l’ONU, António Guterres, qu’il n’était pas le bienvenu à Kinshasa où il voulait se rendre, faute de disponibilité du président Joseph Kabila.

Désengagement américain

À New York, la Chine et la Russie s’accommodent parfaitement du discours souverainiste de Kinshasa, indique une source diplomatique au siège des Nations unies. Les autres membres du Conseil de sécurité, la France, les États-Unis et la Grande-Bretagne, n’ont pas réagi, ajoute cette source.

Les États-Unis sont bien moins investis dans le dossier congolais depuis la démission de leur ambassadrice auprès des Nations unies, Nikki Haley.

En octobre 2017, Mme Haley était venue à Kinshasa pour accélérer la publication d’un calendrier électoral qui tardait à venir après un premier report des élections.

Samedi, le Département d’État a demandé aux membres non essentiels de son ambassade à Kinshasa de quitter la RDC à une semaine du scrutin. Washington a aussi interdit aux Américains de se rendre dans l’est, en proie aux groupes armés.

Traditionnelle rédactrice des projets de résolution annuelle sur la RDC, la France affirme qu’elle se retrouve en première ligne. Le retrait du président Kabila, qui a accepté de ne pas briguer un troisième mandat, ce qui est interdit par la Constitution, est « loin de résoudre l’ensemble de la crise », précise l’Élysée. « Il est vrai que ce processus est menacé. Personne ne peut dire aujourd’hui ce qui se passera au lendemain des élections, mais le président Macron et ses ministres sont parmi les plus actifs pour parler à tout le monde en RDC », promet Paris.