Des dizaines d’écoliers sont portés disparus au Cameroun

L’enlèvement de masse survenu lundi au Cameroun n’est pas sans rappeler ceux perpétrés au Nigeria voisin par Boko Haram. Sur notre photo, une partie des écolières enlevées puis relâchées par le groupe djihadiste, à Chibok, en mai 2017.
Photo: Stefan Heunis Agence France-Presse L’enlèvement de masse survenu lundi au Cameroun n’est pas sans rappeler ceux perpétrés au Nigeria voisin par Boko Haram. Sur notre photo, une partie des écolières enlevées puis relâchées par le groupe djihadiste, à Chibok, en mai 2017.

Soixante-dix-neuf élèves ont été enlevés lundi dans la région du nord-ouest du Cameroun, le plus important kidnapping dans cette zone anglophone depuis le début du conflit entre des séparatistes et l’armée, à la veille de la prestation de serment du président Paul Biya.

Ce type d’enlèvement de masse d’élèves est sans précédent au Cameroun. Il est pratiqué dans le nord du Nigeria voisin par le groupe djihadiste Boko Haram, comme à Chibok où plus de 200 jeunes filles avaient été enlevées dans leur internat en 2014, suscitant l’indignation du monde entier.

« Soixante-dix-neuf élèves et trois encadreurs » de la Presbyterian Secondary School de Bamenda (capitale régionale du nord-ouest) ont été enlevés, a indiqué à l’AFP le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Issa Tchiroma Bakary.

Ces trois « encadreurs » sont le directeur de l’établissement, un enseignant et un chauffeur, selon une source gouvernementale camerounaise.

« Les recherches pour retrouver les otages ont été lancées, la mobilisation est totale », a ajouté cette source, qui s’exprimait à l’issue d’une réunion de crise en fin de matinée, lundi.

« L’établissement est quadrillé par les forces de sécurité. Nous n’y avons pas accès », a précisé une autre source proche de l’établissement.

Dans une vidéo de six minutes obtenue par l’AFP, onze garçons d’une quinzaine d’années déclinent un à un, en anglais, leur identité et indiquent avoir été enlevés à la Presbyterian Secondary School de Bamenda par les « Amba boys », soit les séparatistes anglophones.

« Nous allons ouvrir nos propres écoles ici, nous allons rester ensemble et combattre pour “l’Ambazonie”», l’État que les séparatistes entendent créer, indique un homme au micro du téléphone filmant la scène.

La vidéo n’a pu être authentifiée de source indépendante.

« Plus de 700 élèves » étudient à cette école, selon le site Web de l’établissement qui souligne recevoir des élèves « de toutes les origines religieuses et linguistiques du Cameroun ».

« Tout ce que nous savons, c’est que les élèves enlevés seraient essentiellement des garçons », a précisé la source proche de l’établissement.

Un contexte tendu

Cet enlèvement de masse survient à la veille de la prestation de serment du président Paul Biya, 85 ans, au pouvoir depuis 1982, réélu pour un septième mandat avec 71,28 % des votes.

« Des enfants sont une fois de plus victimes d’une crise qui n’est pas la leur. RIEN ne peut justifier l’enlèvement d’enfants innocents ! » a réagi sur les réseaux sociaux Allegra Maria Del Pilar Baiocchi, coordonnatrice humanitaire de l’ONU pour le Cameroun.

Dans la même région du nord-ouest, le sous-préfet de l’arrondissement de Noni a aussi été enlevé dimanche.

Dans les deux régions anglophones du nord-ouest et du sud-ouest, une crise sociopolitique sans précédent s’est installée fin 2016. Elle s’est transformée fin 2017 en conflit armé.

Des affrontements entre armée et séparatistes, regroupés en groupes épars dans la forêt équatoriale, s’y produisent quasiment tous les jours depuis plusieurs mois.

Les séparatistes ont décrété un boycottage des établissements scolaires, estimant que le système scolaire francophone marginalise les étudiants anglophones.

Les attaques de séparatistes armés contre des écoles sont nombreuses depuis le début du conflit. Mi-octobre, six élèves avaient été enlevés dans une attaque de lycée à Bamenda, selon des sources concordantes. Les autorités avaient démenti la nouvelle.

Le jour de la rentrée scolaire début septembre, un directeur d’école a été assassiné, un professeur mutilé et plusieurs lycées attaqués.

Les autorités, qui refusent le dialogue avec les séparatistes qu’elles qualifient de « terroristes », ont procédé depuis début 2018 à un important déploiement de forces de sécurité pour « rétablir l’ordre ».

Plus de 175 membres des forces de défense et sécurité camerounaises ont perdu la vie dans ce conflit ainsi que plus de 400 civils, selon les ONG. Et dans la zone, plus de 300 000 personnes ont fui les violences, notamment vers les grandes villes des régions voisines.