Au Nigeria, l’armée cite Trump pour justifier sa répression des chiites

L’armée a ouvert le feu cette semaine à plusieurs reprises sur des manifestants du Mouvement islamique du Nigeria (IMN).
Photo: Sodiq Adelakun Agence France-Presse L’armée a ouvert le feu cette semaine à plusieurs reprises sur des manifestants du Mouvement islamique du Nigeria (IMN).

L’armée nigériane, qui a tiré à balles réelles sur des manifestants chiites cette semaine suscitant la préoccupation de Washington, a repris à son compte vendredi des propos de Donald Trump justifiant l’usage de la force armée sur des migrants jetant des pierres.

Dans une publication Twitter, l’armée nigériane a diffusé un discours du président américain prononcé jeudi dans lequel il évoque le sort de la caravane de migrants sud-américains s’approchant de la frontière entre les États-Unis et le Mexique et prévient que toute personne jetant des pierres serait considérée comme armée.

« Regardez SVP et tirez-en vos propres conclusions », a commenté l’armée nigériane sur son compte officiel, dans un message supprimé depuis.

   

Interrogé par l’AFP, le porte-parole de la Défense, John Agim, a confirmé que cette publication faisait directement référence à la récente répression de manifestants de la minorité chiite au Nigeria.

Répression dans le sang

L’armée a ouvert le feu cette semaine à plusieurs reprises sur des manifestants du Mouvement islamique du Nigeria (IMN) qui réclamaient la libération de leur leader emprisonné depuis trois ans, faisant au total six morts officiellement.

L’IMN a fait état de 49 morts, tandis que l’ONG Amnesty International a évoqué 45 morts et condamné la réponse disproportionnée du gouvernement.

L’ambassade américaine s’est dite « préoccupée » jeudi et a appelé à « mener une enquête approfondie ».

L’armée nigériane a réagi « au rapport d’Amnesty International qui [l’]accuse d’avoir utilisé des armes sur des manifestants chiites pacifiques », a affirmé le porte-parole de la Défense.

« Non seulement ils utilisent des pierres, mais ils transportaient également des cocktails Molotov, des machettes et des couteaux, alors oui, nous considérons qu’ils étaient armés », a poursuivi M. Agim.

L’armée n’a jamais essayé de stopper les manifestations chiites.

 

« Nous sommes intervenus uniquement parce que les membres de l’IMN essaient de s’en prendre à nous, ils arrivent sur des points de contrôle et essaient de nous provoquer. »

L’IMN a de son côté assuré que l’armée avait commencé à tirer sur ses partisans non armés.

En prison depuis trois ans

Le leader de l’IMN, Ibrahim Zakzaky, a été emprisonné il y a près de trois ans, à la suite de violentes manifestations qui avaient secoué Zaria, dans le nord du pays, en décembre 2015.

Des groupes de défense des droits de l’Homme avaient alors accusé les militaires d’avoir tué plus de 300 chiites et de les avoir ensuite enterrés dans des fosses communes, ce que l’armée a démenti.

Fin 2016, un tribunal fédéral avait jugé la détention du leader chiite illégale et ordonné sa libération. Mais cette décision n’a jamais été exécutée.