Présidentielle au Cameroun: la violence persiste en zone anglophone

C’est la première fois depuis la présidentielle de 1992 qu’une alliance de candidats de poids se forme contre le président sortant, Paul Biya.
Photo: Sunday Alabama Associated Press C’est la première fois depuis la présidentielle de 1992 qu’une alliance de candidats de poids se forme contre le président sortant, Paul Biya.

Les violences meurtrières persistent dans les régions anglophones du Cameroun où les séparatistes ont promis « la guerre » lors de la présidentielle de dimanche, pour lequel deux opposants de poids sont parvenus à former une alliance contre le président sortant, Paul Biya.

« Trois séparatistes ont été tués » vendredi dans des affrontements avec l’armée à Small Soppo, un quartier de Buea, capitale du Sud-Ouest anglophone, selon une source proche des services de sécurité, corroborant les déclarations de témoins contactés par l’AFP.

Jeudi, un prêtre a été tué par balle par un militaire dans l’autre région anglophone, le Nord-Ouest, à Bamenda, devant une église après la messe, a annoncé l’archevêque de Bamenda, Cornelius Fontem Esua.

Les deux régions anglophones du Cameroun sont totalement bouclées à la veille du scrutin présidentiel à un tour, par lequel le président Paul Biya, 85 ans dont au 35 au pouvoir, briguera dimanche un 7e mandat consécutif.

Dans ces régions, l’insécurité a pris le pas sur la campagne : aucun candidat ne s’est rendu à Buea ou Bamenda, et les coups de feu y ont remplacé les traditionnels avertisseurs de voitures et sonos de meetings.

« Il y a quasiment autant de militaires, policiers et agents de renseignement que de civils » à Buea, en grande partie désertée de ses 100 000 habitants, selon une source proche des services de sécurité.

Les séparatistes ont promis « la guerre » dimanche dans cette ville quadrillée par les forces de sécurité massivement présentes, autrefois considérée comme un « bastion de la connaissance » avec son université historique.

Ralliement surprise

Vendredi soir, un coup de théâtre politique a eu lieu : le camp d’Akere Muna, l’un des principaux candidats de l’opposition, s’est rallié à la candidature de Maurice Kamto, autre candidat important.

C’est la première fois depuis la présidentielle de 1992 qu’une alliance de candidats de poids se forme contre M. Biya : à l’époque, les principaux candidats s’étaient ralliés au leader incontesté de l’opposition, Ni John Fru Ndi.

Ce désistement a été notifié samedi à Elecam, l’organe chargé d’organiser l’élection, afin que le bulletin de vote d’Akere Muna soit retiré des bureaux de vote, selon le camp de M. Muna, ce qu’Elecam a refusé.

Les deux dirigeants ont conclu leur campagne par un meeting commun samedi soir à Douala. « Le seul principe qui m’a guidé est de savoir ce qui est bien pour le pays », a déclaré M. Muna, ovationné par les milliers de supporters de M. Kamto présents malgré la pluie.

Maurice Kamto, ancien ministre délégué à la Justice entre 2004 et 2011, a fondé son parti politique en 2012. Il a rassemblé des milliers de personnes lors de ses meetings de campagne.

Avocat au barreau de Paris, il a notamment négocié avec succès pour le Cameroun le contentieux territorial avec le Nigeria sur la presqu’île de Bakassi.

Ses partisans estiment que son expérience au sein de l’appareil d’Etat est un atout. Ses détracteurs n’hésitent pas à critiquer son soutien passé à Paul Biya.

Hormis l’alliance Kamto-Muna, il n’y aura pas d’autres regroupements.

Joshua Osih, candidat du principal parti d’opposition, le Social democratic front (SDF) et Cabral Libii, benjamin de l’élection à 38 ans ont achevé leur campagne sur des meetings séparés, à Douala et Yaoundé.

Absences momentanées

Le président sortant, 85 ans, au pouvoir depuis 1982 a été invisible physiquement durant la campagne hormis un rassemblement partisan dans la région de l’Extrême-Nord, mais néanmoins omniprésent dans les débats.

Des milliers d’affiches à son effigie ont été collées partout dans le pays depuis le début de la campagne.

Un concert de fin de campagne a été organisé samedi en fin de journée à Yaoundé par son équipe. Il n’était pas présent.

Le camp Kamto a accusé le pouvoir de préparer une « fraude massive » en vue du scrutin de dimanche.

Selon le parti de M. Kamto, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), il y a des cas de falsification de cartes d’électeurs et des enregistrements sur les listes électorales toujours en cours alors que le processus officiel est terminé.

« Partout où il y aura de la fraude », il y aura des « réactions fermes », selon le directeur de campagne de Kamto, Paul-Eric Kingue.

Le ministre de la Communication, Issa Tchiroma Bakary, a répondu que « toutes les mesures avaient été prises […] pour prévenir tout acte de violence de nature à perpétrer des violences et à créer un climat de désordre ».