Éthiopie: le festival oromo sous le signe de la réconciliation

Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont participé au festival religieux Irreecha, à Bishoftu.
Photo: Yonas Tadesse Agence France-Presse Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont participé au festival religieux Irreecha, à Bishoftu.

Une foule immense a participé dimanche en Éthiopie dans une ambiance festive au grand rassemblement annuel de la principale ethnie du pays, les Oromo, un festival qui avait été endeuillé en 2016 et avait tourné à la manifestation antigouvernementale en 2017.

Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont ainsi participé au festival religieux Irreecha, à Bishoftu, à 50 km au sud-est d’Addis Abeba, a constaté un journaliste de l’AFP.

Chez les Oromo, Irreecha célèbre la fin de la saison des pluies et le début du printemps. La foule y prie pour l’abondance et la prospérité.

Le festival était placé cette année sous le signe de la réconciliation, deux semaines après des violences meurtrières en périphérie d’Addis Abeba, qui avaient vu notamment des groupes de jeunes oromo cibler des habitants issus de minorités ethniques.

Ainsi Endrias Wegede, trentenaire issu de l’ethnie Gamo, a participé pour la première fois de sa vie au festival, à l’invitation des autorités religieuse et politique oromo.

« La bienveillance et la coopération de certains Oromo ont permis d’éviter un bain de sang encore plus important à Burayu [théâtre des récentes violences] tandis que nos chefs coutumiers ont aussi protégé la vie d’Oromo et leurs biens dans notre région », a-t-il expliqué à l’AFP.

Le festival s’est déroulé dans le calme dimanche.

Une édition meurtrière

Lors de l’Irreecha 2016, la police avait tiré des gaz lacrymogènes pour disperser la foule après la reprise par une partie des participants de slogans alors utilisés depuis de nombreux mois dans les manifestations anti-gouvernementales.

Le mouvement de foule consécutif aux tirs de la police avait provoqué la mort de 55 personnes selon les autorités, bien plus selon les opposants.

En 2017, le festival s’était mué en une manifestation anti-gouvernementale.

Mais depuis, un nouveau premier ministre, Abiy Ahmed, a pris les rênes du pays, en avril 2018. M. Abiy, 42 ans et premier Oromo à accéder à ce poste, a multiplié les gestes d’ouverture et les réformes.

Des violences intercommunautaires aux enjeux le plus souvent territoriaux ont toutefois émaillé le début de son mandat et ont déplacé près d’un million de personnes.