Le président sortant du Mali, Ibrahim Boubacar Keïta, est réélu

Le président sortant du Mali, Ibrahim Boubacar Keïta, dit «IBK»
Photo: Michele Cattani Agence France-Presse Le président sortant du Mali, Ibrahim Boubacar Keïta, dit «IBK»

Le président sortant Ibrahim Boubacar Keïta a été élu pour un second mandat à la tête du Mali, une victoire que ses partisans ont commencé à célébrer jeudi alors que ceux de son adversaire n’admettaient pas leur défaite.

À 73 ans, le chef de l’État, qui partait favori après avoir viré largement en tête au premier tour, dirigera pour cinq années supplémentaires ce pays du Sahel toujours confronté à la menace djihadiste.

Il a recueilli 67,17 % des voix lors du second tour le 12 août, contre 32,83 % à l’opposant Soumaïla Cissé, un ancien ministre des Finances de 68 ans, selon des résultats officiels annoncés jeudi matin, qui doivent encore être validés par la cour constitutionnelle.

Vous savez, quand vous égorgez un poulet, ça se débat avant de rendre l’âme. On n'en veut pas [aux protestataires de l'opposition] pour ça, c’est la démocratie.

 

M. Cissé ne s’est pas encore exprimé. Son chef de campagne devrait s’adresser à la presse à la mi-journée.

Dans le quartier général de campagne de M. Keïta, des cadres de la majorité ont accueilli l’annonce avec des cris de victoire et des accolades, au son d’une musique électronique reprenant en boucle le refrain « IBK, président ! ».

Lors de la présidentielle de 2013, M. Keïta, dit « IBK », l’avait emporté avec 77,6 % des suffrages sur, déjà, Soumaïla Cissé.

« 77 % ou 50 %, nous avons gagné, c’est la victoire qui compte et nous sommes contents », se réjouissait un membre de son équipe de campagne, Drissa Kanambaye.

« Vous savez, quand vous égorgez un poulet, ça se débat avant de rendre l’âme. On ne leur en veut pas pour ça, c’est la démocratie », ajoutait-il, interrogé sur les protestations de l’opposition.

Pour son second mandat, qui débutera le 4 septembre, Ibrahim Boubacar Keïta aura la lourde tâche de relancer l’accord de paix conclu en 2015 avec l’ex-rébellion à dominante touareg, dont la mise en œuvre accumule les contretemps et qui n’a pas empêché les violences de se propager du nord vers le centre du pays et vers le Burkina Faso et le Niger voisins.

Faible participation

Comme les observateurs s’y attendaient, la participation a été faible, de 34,54 %, contre 43,06 % au premier tour.

Au QG de Soumaïla Cissé, à 200 m de celui d’IBK, des partisans de l’opposant scandaient « C’est Soumaïla qui a gagné ! ». « Ces résultats sont une véritable farce », a déclaré Ali Coulibaly, un fonctionnaire.

En fin de matinée, Internet était toujours inaccessible dans Bamako sur les réseaux mobiles et les forces de sécurité étaient plus nombreuses que d’habitude dans le centre-ville, ont constaté des journalistes de l’AFP dans la capitale où ses habitants vaquaient à leurs occupations habituelles.

Le scrutin n’a pas passionné une population lassée par la persistance des attaques djihadistes, auxquelles se mêlent souvent des violences intercommunautaires, et dont près de la moitié vit sous le seuil de pauvreté bien que le Mali soit redevenu le premier producteur africain de coton et que son économie enregistre une croissance supérieure à 5 % depuis plusieurs années.

Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes djihadistes liés à al-Qaïda, en grande partie chassés ou dispersés par une intervention militaire lancée en janvier 2013 à l’initiative de la France, qui se poursuit actuellement.

L’ONU mène également dans le pays sa plus importante mission actuelle, tandis que la force du G5 Sahel s’y déploie progressivement.

« IBK » en toute confiance

Bien que son bilan soit mitigé, Ibrahim Boubacar Keïta, dit « IBK » était allé au second tour en toute confiance, laissant dire l’opposition, qui l’accusait de fraude.

Avec ses 41,70 % des suffrages récoltés au premier tour, il disposait confortable avance sur Soumaïla Cissé (17,78 %), qui n’a pas su réunir l’opposition derrière sa bannière.

L’opposant s’était pourtant montré combatif jusqu’au bout, assurant qu’il rejetterait une partie des résultats, notamment ceux de « plusieurs localités du nord », caractérisés selon lui par « du bourrage d’urnes ».

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, avait appelé mardi « toutes les parties à conserver le calme jusqu’à la conclusion du processus électoral, [tout] en évitant les rhétoriques incendiaires ».

Grâce à un renforcement de la présence militaire, le second tour s’est déroulé dans un climat plus apaisé que le premier. Un président de bureau de vote a bien été tué près de Tombouctou par des djihadistes présumés, mais seuls 490 bureaux — sur 23 000 — n’ont pu ouvrir, soit moitié moins que le 29 juillet.