Présidentielle au Mali: «IBK» en tête face à un rival isolé

Le président sortant, Ibrahim Boubacar Keïta, dit «IBK», est en position de force face à un candidat de l’opposition isolé, mais convaincu de pouvoir encore l’emporter.
Photo: Michele Cattani Agence France-Presse Le président sortant, Ibrahim Boubacar Keïta, dit «IBK», est en position de force face à un candidat de l’opposition isolé, mais convaincu de pouvoir encore l’emporter.

Le Mali, toujours confronté à la menace djihadiste malgré cinq ans d’interventions militaires internationales, retourne aux urnes dimanche pour le second tour de l’élection présidentielle avec un chef d’État sortant, Ibrahim Boubacar Keïta, dit « IBK », en position de force face à un candidat de l’opposition isolé, mais convaincu de pouvoir encore l’emporter.

Face à lui, Soumaïla Cissé, largement distancé au premier tour, aborde la seconde manche isolé, après avoir échoué à unir l’opposition derrière sa bannière, se disant toutefois convaincu de pouvoir encore l’emporter pour éviter au pays de sombrer dans le « chaos ».

Le vainqueur, qui entrera en fonction début septembre, aura la lourde tâche de relancer l’accord de paix conclu en 2015 par le gouvernement et l’ex-rébellion à dominance touareg, dont l’application accumule les retards.

L’accord avait été signé après l’intervention de l’armée française qui, en 2013, avait repris le contrôle du nord du Mali, où les djihadistes avaient instauré la charia pendant un an.

Au chevet de cet immense pays du Sahel, la communauté internationale s’impatiente et espère que le prochain président saura enrayer la propagation des violences islamistes, qui se sont étendues du nord vers le centre et le sud du Mali, et le Burkina Faso et le Niger voisins, se mêlant souvent à des conflits ethniques ayant encore fait plus de 10 morts cette semaine.

Pendant un entre-deux tours au climat pesant, l’opposition a accusé le pouvoir d’avoir profité de l’insécurité dans le nord et le centre pour manipuler le vote au premier tour, le 29 juillet.

« Pour diverses raisons », près de 250 000 électeurs n’ont pas été en mesure de voter dans ces deux régions, a reconnu le gouvernement. Mais les accusations de fraudes, notamment de « bourrages d’urnes », ont été balayées par la Cour constitutionnelle, qui a officiellement crédité M. Keïta de 41,70 % des suffrages, contre 17,78 % pour Soumaïla Cissé.

Dans ce qui s’apparente à la revanche de 2013, M. Keïta, qui brigue à 73 ans un second mandat, sera donc une nouvelle fois défié par Soumaïla Cissé, un ancien ministre des Finances de 68 ans.

Outre la propagation des violences, le pays, célébré pour son rayonnement culturel avec ses cités légendaires comme Tombouctou et ses musiciens de renommée mondiale, s’est appauvri. Le revenu par habitant a reculé depuis 2014, selon la Banque mondiale, et quelque 47 % des 18 millions de Maliens vivent sous le seuil de pauvreté, même si le Mali est redevenu en 2017-2018 le premier producteur de coton africain et qu’il enregistre un taux de croissance supérieur à 5 % depuis plusieurs années.

Soumaïla Cissé semble pour sa part à la peine, mais il n’a pas renoncé. Alors qu’il avait réussi à rassembler la plupart des opposants pour dénoncer le « hold-up électoral » du premier tour, ce « front démocratique » ne s’est pas mué en soutien à sa candidature.