RDC: Kabila «va continuer de tirer les ficelles»

Joseph Kabila, photographié à Pretoria, en Afrique du Sud, en juin 2017
Photo: Phill Magakoe Agence France-Presse Joseph Kabila, photographié à Pretoria, en Afrique du Sud, en juin 2017

La décision du président Joseph Kabila de respecter la Constitution, et de ne pas se représenter, constitue une première encourageante dans l’histoire violente de la République démocratique du Congo, sans garantir un inédit « transfert pacifique » du pouvoir lors des élections du 23 décembre.

C’est l’analyse de la plupart des acteurs et observateurs du processus électoral en RDC. Le plus grand pays d’Afrique subsaharienne (2,3 millions km2) représente pour les grandes puissances (États-Unis, Chine, UE) une source d’approvisionnement en minerais (cobalt, coltan, cuivre) et le risque permanent d’une vaste zone d’instabilité au coeur du continent.

« Il s’est passé quelque chose. Lâcher le pouvoir, c’est prendre des risques en Afrique centrale. Au Cameroun, Paul Biya se représente à 85 ans après 36 ans de pouvoir », se félicite une source diplomatique à Kinshasa après le choix de M. Kabila de désigner un « dauphin », son ex-ministre de l’Intérieur Emmanuel Ramazani Shadary.

« Les messages des pays africains ont été plus entendus que les sanctions européennes », selon cette source, qui salue le rôle du président de la Commission de l’Union africaine (UA), le Tchadien Moussa Faki Mahamat, du président angolais, Joao Lourenço, et du chef d’État sud-africain Cyril Ramaphosa, attendu à Kinshasa.

Le candidat de M. Kabila, M. Ramazani Shadary, est lui-même sous sanction de l’Union européenne (UE) depuis avril 2017 pour atteinte aux droits de la personne. « On ne va pas en reparler. On est déjà assez content que Kabila ne se représente pas. Et on ne maintiendra pas des sanctions contre un président Ramazani Shadary élu dans des conditions correctes », avance cette source européenne.

« Le retrait de Kabila devrait éviter la menace d’importantes sanctions américaines, qui auraient compliqué la tâchedes entreprises occidentales dans le pays », ajoute la société d’évaluation des risques Verisk Maplecroft.

En RDC même, les pressions étaient fortes sur M. Kabila. Les catholiques avaient prévu de nouvelles mobilisations dès dimanche s’il annonçait qu’il représentait — ce que la Constitution lui interdisait.

Répression sanglante

La répression sanglante de leurs trois marches en début d’année — une quinzaine de morts — avait braqué l’influente conférence épiscopale contre M. Kabila. Les catholiques représentent 40 % des quelque 80 millions de Congolais, généralement très pieux.

« Sécurocrate » sans venir du coeur de l’appareil sécuritaire, originaire de la petite province du Maniema dans l’est swahilophone sans être du Katanga, Ramazani Shadary cochait les bonnes cases, en plus de sa fidélité, de son zèle et de sa loyauté qui lui ont valu de prendre en février la tête du parti présidentiel PPRD.

Des experts spéculent sur de possibles divisions au sein de la majorité présidentielle, où M. Kabila devrait pourtant continuer à peser de tout son poids.

Le président congolais a brutalement hérité du pouvoir en 2001 à 29 ans à l’assassinat de son père et prédécesseur, avant de se faire élire deux fois en 2006 et 2011.

À 47 ans, il est encore le plus jeune chef d’État africain après 17 ans aux affaires. Il deviendra sénateur à vie s’il quitte le pouvoir selon la Constitution. Et sans doute aussi président du PPRD, selon une réforme des statuts du parti.

Amnistie et privilèges

Votée récemment, une loi sur le statut des anciens chefs de l’État élus ne concerne pour l’instant que lui-même, avec son lot d’amnistie et de privilèges.

Bref, le président Kabila « va très certainement continuer de tirer les ficelles en coulisse », selon Verisk Maplecroft.

Avec son retrait annoncé le jour même de la date limite du dépôt des candidatures, le calendrier électoral continue de respecter au jour près toutes ses grandes étapes.

Dans le même temps, les polémiques enflent à l’approche du 23 décembre : machine à voter, contestation du fichier électoral, l’opposant Moïse Katumbi empêché de se présenter…

La RDC s’est par ailleurs engagée à financer seule ses élections — le scrutin présidentiel et les législatives — pour un coût de 500 millions de dollars, 10 % du budget de l’État pour 2018.

« Il n’y a aucune garantie que les élections aient lieu et si elles ont lieu, qu’elles répondront aux critères minimums de crédibilité », avance Hans Hoebeke, analyste pour l’ONG Crisis Group.

La présidentielle a déjà été reportée deux fois depuis la fin du deuxième et dernier mandat du président Kabila, le 20 décembre 2016.