Zimbabwe: Mugabe lance un appel pour faire tomber son parti

Des partisans du président zimbabwéen sortant étaient en route, samedi, pour assister au tout dernier événement de la campagne d’Emmerson Mnangagwa, tenu à Harare.
Photo: Jekesai Njikizana Agence France-Presse Des partisans du président zimbabwéen sortant étaient en route, samedi, pour assister au tout dernier événement de la campagne d’Emmerson Mnangagwa, tenu à Harare.

L’ancien président zimbabwéen Robert Mugabe s’est invité dans la campagne électorale dimanche, à la veille de scrutins historiques, pour appeler les électeurs à faire tomber son ancien parti, qui l’a poussé vers la sortie en novembre après trente-sept ans de règne.

Les Zimbabwéens doivent élire lundi leurs président, députés et conseillers municipaux à l’occasion des premiers scrutins depuis la chute de M. Mugabe.

L’ancien homme fort du pays, âgé de 94 ans, est sorti du silence qu’il respectait depuis le début de la campagne électorale, en tenant sa première conférence de presse en direct depuis sa démission forcée. « J’espère que le vote de demain va faire tomber la forme militaire de gouvernement » actuel, a lancé M. Mugabe dans cette intervention-surprise depuis sa luxueuse résidence de Blue Roof à Harare, où il passe une retraite dorée.

« Je ne peux pas voter pour ceux qui m’ont mal traité », a-t-il poursuivi avant de sous-entendre qu’il donnerait sa voix au candidat du principal parti d’opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), Nelson Chamisa, dont il a toujours combattu la formation.

Le plus vieux dirigeant en exercice de la planète avait dû renoncer au pouvoir en novembre, sous la pression de l’armée et de la ZANU-PF. L’armée était intervenue pour empêcher, le moment venu, l’ambitieuse première dame, Grace Mugabe, de remplacer son mari nonagénaire. Il a finalement été remplacé par Emmerson Mnangagwa, qu’il avait démis deux semaines plus tôt de ses fonctions de vice-président.

Ce fut « un véritable coup d’État », a fait valoir M. Mugabe, jugeant par ailleurs « totalement ridicule » l’idée qu’il ait voulu faire de son épouse, Grace, âgée de 53 ans, sa successeure.

Mnangagwa donné meneur

Lors d’une intervention à la radio d’État, le président Mnangagwa a indirectement répondu à son prédécesseur en affirmant qu’« après des années d’immobilisme, les événements de novembre 2017 avaient donné au Zimbabwe l’occasion de rêver de nouveau ».

Il s’est félicité du climat « de paix » ayant marqué la campagne électorale, contrairement aux précédentes élections sous l’ère Mugabe, entachées de nombreuses violences. « Demain, vous déciderez de l’avenir du Zimbabwe », a-t-il lancé aux électeurs, les exhortant à « utiliser avec discernement » leur pouvoir pour cette élection, « la plus contestée de toute notre histoire ».

M. Mnangagwa, patron de la ZANU-PF, est donné favori du scrutin, devant M. Chamisa, propulsé récemment à la tête du MDC, à la suite du décès de son leader historique Morgan Tsvangirai, le rival de longue date de M. Mugabe. Mais l’écart entre les deux principaux candidats à la présidentielle s’est récemment réduit. Le président sortant est crédité de 40 % des suffrages, contre 37 % pour son principal adversaire, selon un sondage publié il y a une dizaine de jours par le groupe Afrobarometer.

Si aucun candidat n’obtient la majorité absolue lundi, un deuxième tour sera organisé le 8 septembre.

La commission électorale sous le feu des critiques

Malgré la promesse de scrutins libres, justes et transparents formulée par le successeur et ancien bras droit de Robert Mugabe, Emmerson Mnangagwa, les soupçons de fraudes au sein de la Commission électorale du Zimbabwe (ZEC) perdurent encore. « Personne ne sait combien de bulletins ont été imprimés, il y a aussi eu le chaos lors du vote de policiers », organisé mi-juillet, au lendemain seulement de la fin de l’impression des bulletins, laissant planer des doutes sur leur acheminement, a fait valoir dimanche Tawanda Chimhini, à la tête d’une ONG de surveillance du processus électoral au Zimbabwe, Election Resource Centre. « La Commission commet les mêmes erreurs et attend des résultats différents », a-t-il prévenu. Dans ces conditions, « la crédibilité de l’élection sera » de nouveau remise « en question, quel que soit le vainqueur ». Pointée du doigt en 2008 et en 2013, la ZEC a tenté cette année de faire taire les rumeurs d’électeurs fantômes en publiant un démenti d’une page entière dans la presse. Et il y a deux semaines, elle a démenti que le vote de policiers et militaires avait commencé, avant de faire volte-face quelques heures plus tard.