Les Maliens votent dimanche pour une présidentielle à haut risque

Plus de huit millions de Maliens sont appelés à se rendre aux urnes.
Photo: Michele Cattani Agence France-Presse Plus de huit millions de Maliens sont appelés à se rendre aux urnes.

Le scrutin présidentiel de dimanche au Mali, considéré comme crucial pour l’accord de paix de 2015, a été marqué dans plusieurs zones du nord et du centre par des attaques jihadistes présumées et une faible affluence.

La communauté internationale, présente militairement avec la force française Barkhane, qui a pris le relais de l’opération Serval déclenchée en 2013 contre les jihadistes, et avec les Casques bleus de l’ONU, attend du vainqueur une relance de l’accord de paix signé en 2015 par le camp gouvernemental et l’ex-rébellion à dominante touareg, dont l’application accumule les retards.

Malgré cet accord, les violences jihadistes ont non seulement persisté, mais se sont propagées du nord vers le centre et le sud du Mali, puis au Burkina Faso et au Niger voisins, se mêlant souvent à des conflits intercommunautaires.

Les quelque 23 000 bureaux de vote ont commencé à fermer et à entamer le dépouillement des bulletins à partir de 18h locales (14 h au Québec), les premiers résultats étant attendus dans les 48 heures, les résultats officiels provisoires d’ici le 3 août, avant un éventuel second tour le 12 août.

Plus de huit millions d’électeurs étaient convoqués pour reconduire le président Ibrahim Boubacar Keïta, 73 ans, ou choisir un de ses 23 concurrents, dont le chef de l’opposition, Soumaïla Cissé, 68 ans, et une seule femme, Djeneba N’Diaye.

Le taux de participation n’était pas connu dans l’immédiat mais s’annonçait faible, selon les premières constatations d’observateurs électoraux et de journalistes de l’AFP.

Il est traditionnellement bas au premier tour de l’élection présidentielle dans ce vaste pays d’Afrique de l’Ouest, comptant une vingtaine d’ethnies, connu pour son rayonnement culturel, mais où moins d’un tiers des plus de 15 ans sont alphabétisés.

Le premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga a qualifié la situation de « satisfaisante », dans un communiqué, « en dépit d’incidents sécuritaires mineurs ou de cas de force majeure liés à la météo ayant empêché la tenue du vote dans quelques endroits très localisés ».

Selon un bandeau déroulant diffusé dans la soirée par la télévision publique ORTM, citant le ministère de la Sécurité intérieure, « les incidents ont empêché le vote dans 105 bureaux » sur plus de 23 000.

En raison de l’insécurité, « 61 bureaux n’ont pu ouvrir dans les régions de Mopti (centre) et de Tombouctou (nord-ouest) », où le 
matériel électoral a été « saisi » dans 18 bureaux, d’après la même source.
 

Menaces, vandalisme, agressions

Ces incidents, essentiellement dans des zones rurales, se sont produits malgré la mobilisation de plus de 30 000 membres des forces de sécurité, nationales et étrangères, a fait savoir le ministère.

Dans le nord, où l’État est peu ou pas présent, notamment à Kidal (nord-est), bastion de l’ex-rébellion, les groupes armés signataires de l’accord participaient à la sécurisation du vote.

À Fatoma, dans la région de Mopti (centre), les agents électoraux ont subi des violences, ce qui a empêché le déroulement du vote, ont signalé un groupe d’observateurs maliens et le gouverneur, le général Sidi Alassane Touré.

Plus à l’est, dans la commune rurale de Gandamia, onze bureaux de vote ont été saccagés, les agents électoraux agressés et le matériel détruit, ont dit les mêmes sources.


A Pignari Bana, près de Bandiagara (centre), « dans les quatre villages il n’y a pas eu de vote, des groupes armés ont interdit la présence des administrateurs de l’État et les autorités locales ont préféré obtempérer », a déclaré à l’AFP le maire de la commune, Bourema Napo.

Dans la soirée, la chef de la mission d’observation électorale européenne, Cécile Kyenge, a réitéré l’exigence aux autorités maliennes de « publier la liste des bureaux où le vote n’a pas pu avoir lieu », insistant sur l’importance de la « transparence » et de l’« intégrité » du scrutin.

Vendredi, le chef de la principale alliance jihadiste du Sahel, liée à al-Qaïda, le Touareg malien Iyad Ag Ghaly, s’est invité dans la fin de campagne.

Citant les exactions présumées de l’armée malienne à l’encontre de civils dans le centre du pays, le chef du « Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans » a assuré dans une vidéo que « ces crimes ne resteront pas impunis ».

À Mbera, le plus grand camp de réfugiés maliens, dans le sud-est de la Mauritanie, 7320 électeurs étaient inscrits « dans 28 bureaux de vote situés à Mbera-ville, à 3 km du camp » a indiqué à l’AFP Ahmedou Ag Boukhary, l’un de leurs représentants.