Tunisie: victoire des islamistes aux élections municipales

Candidate du parti Ennahdha, Souad Abderrahim sera la première femme à diriger la capitale Tunis. Désormais, 20 % des maires du pays sont des mairesses.
Photo: Fethi Belaid Agence France-Presse Candidate du parti Ennahdha, Souad Abderrahim sera la première femme à diriger la capitale Tunis. Désormais, 20 % des maires du pays sont des mairesses.

Le mouvement d’inspiration islamiste Ennahdha a remporté la majorité des sièges de maires à l’issue des premières municipales démocratiques de Tunisie, a annoncé jeudi le ministère des Affaires locales.

Ce scrutin s’est tenu le 6 mai, puis les conseillers municipaux ont été amenés à élire les maires dans chaque localité. À ce jour, 347 maires sur 350 ont été désignés.

Deuxième parti au pouvoir — après Nidaa Tounès, fondé par l’actuel président Béji Caïd Essebsi —, Ennahdha a décroché 130 mairies, a indiqué le ministère de l’Environnement et des Affaires locales.

Les listes indépendantes arrivent en deuxième position avec 114 mairies, juste devant Nidaa Tounès, qui a remporté 80 municipalités.

Vingt-trois ont été remportées par d’autres partis, d’après la même source.

Ennahdha est notamment majoritaire dans le gouvernorat de Sfax (centre), où le mouvement dispose de 14 mairies sur 23, et dans celui de Gabès (sud, 11 sur 16).

À Tunis, une candidate du parti, Souad Abderrahim, est devenue au début du mois la première femme maire de la ville.

Selon l’ONG Al Bawsala, qui évalue le travail législatif depuis la révolution de 2011, 20 % des maires tunisiens sont désormais des femmes, à la faveur d’une nouvelle loi électorale exhortant à la parité, dans l’esprit de la Constitution de 2014.

En matière de sièges, les listes indépendantes étaient arrivées en tête de ces municipales, marquées par une forte abstention, devant Ennahdha et Nidaa Tounès.

Les élus locaux, qui disposent de pouvoirs plus étendus que leurs prédécesseurs, devront conduire la décentralisation, un projet crucial dans un pays où les municipalités étaient jusque-là peu autonomes, dépendantes d’une administration centrale souvent clientéliste.

Depuis la révolution ayant chassé le président Zine El Abidine Ben Ali en 2011, elles étaient administrées par des délégations spéciales, à la gestion souvent défaillante.

Ces élections devaient aussi permettre d’ancrer la démocratie au niveau local et, pour les partis, de renforcer leur ancrage dans les différentes régions, alors que l’année 2019 doit être marquée par la tenue d’élections législatives et présidentielle.

Le parti Nidaa Tounès, sorti vainqueur des scrutins en 2014, est actuellement traversé par de profondes divisions.

Béji Caïd Essebsi, 91 ans, n’a pas encore fait part de ses intentions.