Obama inspiré par Mandela

Barack Obama a rappelé  la vague d’espoir qui a déferlé dans le monde après la libération de Nelson Mandela, le 2 février 1990.
Photo: Themba Hadebe Agence France-Presse Barack Obama a rappelé  la vague d’espoir qui a déferlé dans le monde après la libération de Nelson Mandela, le 2 février 1990.

Des townships aux quartiers plus aisés de Johannesburg, l’Afrique du Sud a salué mercredi l’héritage de Nelson Mandela, avec de vibrants hommages de l’ancien archevêque Desmond Tutu et de Barack Obama à l’icône mondiale de la lutte contre l’apartheid, qui aurait eu 100 ans le 18 juillet.

Chaque année, le « Mandela Day », qui coïncide avec la naissance de « Madiba » dans le village de Mvezo (sud-est), est célébré dans la « nation arc-en-ciel » à coups d’actions caritatives et de discours.

« Agissez, inspirez le changement, faites de chaque jour un jour Mandela », exhorte la fondation qui porte son nom. Pour le centenaire de sa naissance, elle a vu grand en invitant l’ancien président américain Barack Obama.

« La plupart des gens dans le monde se souviennent de Mandela comme d’un vieil homme avec des cheveux [blancs] comme les miens », a-t-il lancé mercredi devant quelque 200 jeunes réunis à Johannesburg pour une formation de leadership.

Mais « il a commencé à essayer de libérer son pays alors qu’il était encore un très jeune homme. Il avait votre âge. Il m’a inspiré et je me suis lancé », a-t-il confié, appelant les jeunes à en faire autant. « Trouvez un moyen de ne pas vendre votre âme, mais vous devez toujours vous impliquer en politique », a-t-il vivement conseillé.

La veille, lors d’un discours dans un stade de Johannesburg, point d’orgue des célébrations en hommage à « Madiba », Barack Obama avait rappelé « la vague d’espoir qui avait déferlé dans le monde » à la libération de Nelson Mandela le 2 février 1990, après vingt-sept années derrière les barreaux.

Quatre ans plus tard, sans effusion de sang après des décennies d’un régime raciste blanc, Nelson Mandela devenait le premier président noir de l’Afrique du Sud, poste qu’il a occupé jusqu’en 1999.

Toute la nation sud-africaine s’est mise à l’heure Mandela, avec spectacles, expositions, compétitions sportives, publication de livres, impression de nouveaux billets à son effigie ou encore confection de gâteaux géants, distribution de couvertures et de bicyclettes.

Racisme et inégalités

Mais cinq ans après sa mort en 2013 et près d’un quart de siècle après la chute officielle de l’apartheid, ses rêves d’égalité économique restent toujours lettre morte.

« Nous sommes tout à fait conscients qu’on ne parviendra pas à la société libre et égalitaire pour laquelle il s’est battu tant que les inégalités économiques entre Noirs et Blancs, entre hommes et femmes, persistent », a reconnu mercredi le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, depuis le village natal de « Madiba ».

La société sud-africaine est aujourd’hui la plus inégalitaire du monde, selon la Banque mondiale. Le salaire mensuel médian est de 10 000 rands (975 $CAN) chez les Blancs et de 2800 rands (271 $CAN) parmi la majorité noire. Dans ce contexte, le racisme attise toujours les tensions.

Certains mettent en cause les successeurs de « Madiba » et la corruption qui a gagné le plus haut sommet de l’État, notamment sous la présidence de Jacob Zuma (2009-2018).

D’autres, plus rares, vont jusqu’à le traiter de « vendu » à la minorité blanche, qui détient toujours l’essentiel des leviers économiques du pays.

Mais Cyril Ramaphosa, protégé de Nelson Mandela, a vivement rejeté cette position. « Madiba n’a jamais été un vendu », a-t-il affirmé mercredi.

« C’était un vrai révolutionnaire qui avait ça dans le sang. Ce sont des révolutionnaires assis dans leurs fauteuils, en train de contempler le soleil, qui ont l’audace de le voir comme un vendu. »

Desmond Tutu, compagnon de lutte de « Madiba », a, lui, apporté une note plus personnelle et moins politique, en saluant un homme « parfait exemple d’humanité ».

« Les principes qui ont conduit sa vie sont des principes universels d’amour, de justice, de respect des autres », a rappelé le Prix Nobel de la paix de 86 ans.

« On n’était pas toujours d’accord », a-t-il toutefois confié, le sourire en coin. « Son style vestimentaire, par exemple. Je lui disais qu’il devait porter un costume et une cravate pour les grandes occasions, au lieu de ses chemises colorées. Il m’avait répondu, dans un style bien à lui : Et cette critique vient d’un homme qui porte en public une chasuble violine ! »