«Nier les faits peut mettre à mal la démocratie»

Barack Obama s’en est pris aux hommes politiques «autoritaires» qui «ne font que mentir».
Photo: Gianluigi Guercia Agence France-Presse Barack Obama s’en est pris aux hommes politiques «autoritaires» qui «ne font que mentir».

L’ancien président américain Barack Obama a multiplié, à mots à peine couverts mardi, les attaques contre son successeur Donald Trump en s’en prenant aux climatosceptiques, aux leaders « autoritaires » qui « ne cessent de mentir » et aux politiques d’immigration basées « sur la race ».

Dans un discours politique très attendu à Johannesburg à l’occasion du centenaire de la naissance de Nelson Mandela, héros de la lutte anti-apartheid, Barack Obama a pris soin de ne jamais nommer l’actuel locataire de la Maison-Blanche, mais ses nombreuses allusions à Donald Trump ont fait mouche dans le stade Wanderers qui lui était totalement acquis.

« Compte tenu de l’époque incertaine et étrange dans laquelle nous vivons, les informations apportent chaque jour leur lot de titres perturbants qui donnent le tournis », a lancé l’ancien président au début de son intervention devant plus de 10 000 personnes.

La veille, Donald Trump avait consterné l’Amérique en tournant le dos aux alliés des États-Unis et en donnant des gages à son homologue russe, Vladimir Poutine.

À Johannesburg, Barack Obama s’en est pris aux hommes politiques « autoritaires » qui ont recours à « la politique de la peur » et « ne font que mentir ».

« Les politiques semblent rejeter le concept de vérité objective, des gens inventent », a-t-il lancé, déclenchant des rires nourris. « Nier les faits peut mettre à mal la démocratie », a-t-il mis en garde, alors que son successeur dénonce à longueur de journée les « fake news ».

« Je ne peux pas trouver de terrain d’entente avec quelqu’un qui affirme que le changement climatique n’existe pas alors que tous les scientifiques disent l’inverse », a poursuivi Barack Obama.

Un des premiers gestes de Donald Trump à la Maison-Blanche avait été de retirer les États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat, l’estimant « injuste » pour l’industrie de son pays.

Sur la politique d’immigration, là encore, Barack Obama s’en est pris directement à son successeur.

« Il n’est pas faux d’insister sur le fait que les frontières nationales importent […] mais cela ne peut pas être une excuse pour des politiques d’immigration basées sur la race », a-t-il estimé lors d’une de ses rares interventions publiques depuis son départ de la Maison-Blanche début 2017.

Destin commun

Son discours à Johannesburg a marqué le point d’orgue des célébrations du centième anniversaire de la naissance de Nelson Mandela, né le 18 juillet 1918 et décédé le 5 décembre 2013.

Les deux hommes partagent un destin en commun qui les a fait entrer dans l’Histoire : ils sont devenus le premier président noir de leur pays.

Après vingt-sept ans dans les geôles du régime raciste blanc, Nelson Mandela a été élu à la présidence en 1994, poste qu’il a conservé jusqu’en 1999. Barack Obama a lui occupé la fonction suprême aux États-Unis de 2009 à 2017.

Mardi, il a salué la mémoire d’« un vrai géant de l’histoire ». « La lumière de “Madiba” [surnom de Nelson Mandela] brille toujours avec beaucoup d’éclat », a-t-il assuré, défendant la « vision » du Prix Nobel de la paix sud-africain.

Diversité identitaire

Ce fut aussi l’occasion pour Barack Obama de faire une digression pour saluer la victoire de la France au Mondial de football et la diversité identitaire des Bleus.

« Tous ces mecs ne ressemblent pas, selon moi, à des Gaulois. Ils sont Français », a-t-il lancé sous les applaudissements, regrettant cependant que « le monde n’ait pas tenu les promesses » de Madiba.

« Les discriminations raciales existent toujours en Afrique du Sud et aux États-Unis », et « la pauvreté a explosé », a-t-il dénoncé.

Près d’un quart de siècle après la fin officielle de l’apartheid en 1994, le racisme attise les tensions dans la « nation arc-en-ciel » et la pauvreté persiste dans le pays le plus inégalitaire au monde, selon la Banque mondiale.

« Mandela et Obama sont les symboles de la victoire sur l’adversité », a lancé mardi sur le podium la dernière épouse de Nelson Mandela, Graça Machel, vêtue d’une lumineuse robe et coiffe bleu roi.