Entre l’Éthiopie et l’Érythrée, la paix en accéléré

Le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, et le ministre des Affaires étrangères d’Érythrée, Osman Saleh Mohammed
Photo: Yonas Tadesse Agence France-Presse Le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, et le ministre des Affaires étrangères d’Érythrée, Osman Saleh Mohammed

Les deux pays voisins de la Corne de l’Afrique, en guerre depuis vingt ans, ont signé une « déclaration d’amitié » lundi, au cours d’une visite historique du premier ministre Abiy Ahmed à Asmara.

La guerre semble s’éteindre aussi subitement qu’elle s’était allumée, il y a vingt ans. Les frères ennemis érythréens et éthiopiens ont signé ce lundi une « déclaration commune de paix et d’amitié », à Asmara, la capitale de l’Érythrée. Image historique : les dirigeants des deux pays se sont étreints à l’aéroport. Ils ne s’étaient plus rencontrés depuis le déclenchement de ce conflit frontalier qui fit plus de 80 000 morts entre le 3 mai 1998 et le 18 juin 2000.

Entre ces deux dates, la région a connu une guerre de tranchées d’un autre âge, pour une bande de terre caillouteuse et une poignée de villages, dont celui de Badmé, où tout a commencé et qui fut le théâtre d’une des offensives les plus meurtrières de ce qu’on a parfois appelé la « guerre des cousins ».

Le Front de libération du peuple du Tigray (FLPT) et le Front populaire de libération de l’Érythrée (FPLE), guérillas à tendance marxistes-léninistes, avaient combattu côte à côte le régime de Mengistu Haile Mariam. Après la chute du dictateur en 1991, le FLPT allait s’installer au pouvoir en Éthiopie tandis que le FPLE allait obtenir l’indépendance de l’Érythrée deux ans plus tard, en application du pacte conclu entre les deux alliés pendant les années de maquis.

Conflit ruineux

On dit que les bornes de pierre pour délimiter la frontière, disposées par les Italiens, ont été récupérées par les villageois pour construire des murs. Ce flou géographique, ajouté à une rivalité économique entre les deux États — avec l’indépendance de l’Érythrée, l’Éthiopie perdait son accès à la mer Rouge — et à la culture guerrière des jeunes régimes, a précipité la rupture. Ces mille kilomètres de frontière seront le prétexte d’un conflit absurdement ruineux.

En 2002, une commission indépendante a délimité un nouveau tracé, distribuant des territoires contestés à chaque partie et attribuant la région de Badmé à l’Érythrée. Mais Addis-Abeba a renâclé à accepter ses conclusions tandis qu’Asmara a expulsé le personnel onusien chargé de veiller à l’application du cessez-le-feu.

En juin 2016, un violent accrochage a laissé craindre une reprise ouverte des hostilités, les Érythréens affirmant avoir tué plus de 200 soldats éthiopiens.

La désignation d’Abiy Ahmed, le nouveau premier ministre de l’Éthiopie, en mars, a changé la donne. Il n’est pas tigréen (région frontalière de l’Érythrée), mais oromo, ethnie majoritaire qui n’avait jamais occupé le pouvoir. C’est cet homme de 42 ans, victime d’une tentative d’assassinat le 23 juin, qui a serré dans ses bras, dimanche à Asmara, le président érythréen, Isaias Afwerki, 72 ans. Lui était déjà à la tête de l’État au moment où la guerre a éclaté. Il a largement utilisé le conflit pour cadenasser son pays, aujourd’hui encore considéré comme l’un des plus répressifs au monde.

« Nous nous sommes mis d’accord pour la reprise du trafic aérien et naval, pour la circulation des personnes entre nos deux pays et la réouverture des ambassades, a déclaré Abiy Ahmed. Nous abattrons le mur avec amour. »

Le mois dernier, le dirigeant éthiopien avait annoncé sa volonté d’appliquer l’accord de paix signé en 2000 et de respecter les conclusions de la commission indépendante sur la délimitation de la frontière.

Les liaisons téléphoniques ont été rétablies. Le premier ministre éthiopien a visiblement choisi d’avancer très vite, peut-être lassé par un gâchis qui dure depuis deux décennies.