Le président Mnangawa échappe à un probable attentat à la bombe

Le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa a été évacué sain et sauf, selon des témoins et le porte-parole du chef de l’État.
Photo: ?Jekesai Njikizana Agence France-Presse Le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa a été évacué sain et sauf, selon des témoins et le porte-parole du chef de l’État.

Le président du Zimbabwe Emmerson Mnangagwa a échappé samedi à un probable attentat à la bombe qui a visé une réunion de campagne à laquelle il participait à Bulawayo et fait une quarantaine de blessés, à un mois des prochaines élections générales.

D’origine encore indéterminée, l’explosion s’est produite après un discours prononcé par le chef de l’État et candidat à la présidentielle devant des milliers de partisans réunis dans un stade de la deuxième ville du pays, un fief de l’opposition.

Évacue sain et sauf juste après la déflagration, M. Mnangagwa a rapidement suggéré qu’il avait été la cible de l’attaque.

« Je suis habitué à ces tentatives », a déclaré le chef de l’État devant la presse. Un objet « a explosé à quelques centimètres de moi, mais ce n’était pas mon heure », a-t-il poursuivi.

Les médias d’État ont dénoncé une « tentative d’assassinat ».

Au moins 49 personnes ont été blessées, certaines grièvement, selon un nouveau bilan donné dimanche par la police.

Parmi ces victimes figurent les deux vice-présidents du pays, Constantino Chiwenga et Kembo Mohadi, présents à cette réunion de campagne, a lui-même confirmé le chef de l’État, sans donner de détail sur la gravité de leur état.

La ZBC a précisé que deux hauts responsables du parti au pouvoir, la Zanu-PF, et trois de ses propres salariés faisaient également partie des victimes.

« Acte lâche »

Candidat du parti au pouvoir, la Zanu-PF, M. Mnangagwa a condamné un « acte lâche » et appelé ses compatriotes au calme.

« Cette campagne se déroule dans un climat libre et pacifique, nous ne permettrons pas que cet acte lâche perturbe notre marche vers les élections », a-t-il écrit sur Twitter.

Son principal rival à la présidentielle, Nelson Chamisa, a regretté les « terribles événements » de Bulawayo. « La violence n’a pas de place dans notre vie politique », a écrit sur Twitter le candidat du Mouvement pour un changement démocratique (MDC).

« Nous prions pour la vie et la santé des blessés », a indiqué un autre opposant, le pasteur Ewan Marawire, « nous devons prier pour la paix dans notre pays en ce moment difficile ».

Une enquête a été ouverte par les autorités pour tenter de préciser les circonstances de l’explosion.

Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent une forte déflagration, suivie d’une épaisse fumée, à proximité d’un petit escalier posé en bord de tribune.

« Il y a eu une explosion au moment où Mnangagwa quittait la tribune et les gens ont commencé à fuir dans toutes les directions », a décrit un correspondant de l’AFP, « l’accès à la tribune a alors été interdit par les forces de sécurité ».

Totalement inédit, ce qui ressemble fort à un attentat risque de bouleverser la campagne des élections générales, les premières organisées depuis la démission forcée en novembre du président Robert Mugabe, qui a dirigé le Zimbabwe d’une main de fer depuis son indépendance en 1980.

« Attaque inédite »

Lâché par l’armée et son parti, M. Mugabe a été remplacé par M. Mnangagwa, son ancien vice-président qu’il venait de limoger sur pression de son épouse Grace.

« C’est la première fois que nous connaissons une telle attaque », a souligné à l’AFP le professeur de sciences politiques Chipo Dendere, de l’université d’Amherst (États-Unis). « Cela va totalement changer la dynamique de la campagne », a-t-il ajouté, « cela va rendre tout le monde très nerveux ».

L’explosion n’a pas encore été revendiquée.

Le nouveau chef de l’État a fait de la relance de l’économie du pays, sortie exsangue de l’ère Mugabe, et de la lutte contre la corruption ses deux priorités. Il a promis des élections libres, transparentes et honnêtes.

Mais ses critiques en doutent, qui rappellent qu’Emmerson Mnangagwa a été un des exécuteurs de la répression ordonnée sous l’ère de son prédécesseur, pendant laquelle les scrutins ont été entachés de fraudes et de violences.

Le nouveau chef de l’État était aussi le ministre de la Sécurité de Robert Mugabe lorsque ce dernier a réglé, au début des années 1980, ses comptes avec son frère d’armes devenu rival, Joshua Nkomo. Ces massacres ont causé la mort d’environ 20 000 civils.

Le nouveau régime zimbabwéen, qui tente de renouer avec l’Occident, a invité la communauté internationale, dont l’UE et le Commonwealth, à venir observer les élections de 2018.

Une première délégation de 40 observateurs européens a commencé à se déployer samedi dans le pays.

Sauf énorme surprise, Emmerson Mnangagwa est assuré de remporter la présidentielle face à Nelson Chamisa, dont le parti est tiraillé par les divisions depuis le décès de son chef historique Morgan Tsvangirai, en février.