Les pouvoirs de Nkurunziza renforcés au Burundi

Le vote pour cette révision constitutionnelle a obtenu 73,2% des voix contre 19,3%.
Photo: Agence France-Presse Le vote pour cette révision constitutionnelle a obtenu 73,2% des voix contre 19,3%.

Bujumbura — Les Burundais ont, sans surprise, largement approuvé par référendum une réforme de la Constitution qui pourrait permettre au président Pierre Nkurunziza de rester en poste jusqu’en 2034, selon les résultats provisoires annoncés lundi.

Le vote pour cette révision constitutionnelle a obtenu 73,2 % des voix contre 19,3 %, a indiqué le président de la Commission électorale (CENI), Pierre-Claver Ndayicariye.

Ces résultats avaient été par avance dénoncés par l’opposition, qui estime que le référendum s’est tenu dans un climat de peur et a été marqué par des fraudes.

Ces chiffres n’incluent pas la diaspora, mais celle-ci ne représente que 0,27 % des votants. Les résultats définitifs doivent être validés dans un délai de neuf jours par la Cour constitutionnelle.

Ce résultat était attendu, car M. Nkurunziza, 54 ans, semble continuer à jouir d’un certain crédit auprès des populations rurales, et parce que le régime a réprimé sans pitié depuis maintenant trois ans toutes les voix dissidentes.

La nouvelle Constitution permet au chef de l’État — au pouvoir depuis 2005 — de briguer deux mandats de sept ans à partir de 2020. Il n’a pas encore formellement annoncé qu’il se représenterait, mais cela ne fait pas l’ombre d’un doute.

Lors de sa réélection en juillet 2015, il avait promis que ce serait son dernier mandat. Mais en décembre 2016, il avait annoncé qu’il pourrait se représenter pour un quatrième mandat en 2020 « si le peuple le demand[ait] ».

Le nouveau texte donne les mains libres à M. Nkurunziza, qui concentrera désormais seul tous les leviers du pouvoir exécutif. Il acte aussi la mainmise totale de son parti, le CNDD-FDD, sur les institutions et la dérive autocratique du pouvoir depuis 2015.

Les États-Unis ont dénoncé le « climat de peur et d’intimidation » lors de ce référendum, ajoutant que « l’absence d’observateurs sape également la confiance dans les résultats annoncés ».

Vernis de légalité

Avec un taux de participation de 96,4 %, le pouvoir a réussi à donner un vernis de légalité à cette consultation. Mais pour les opposants à la réforme, c’est surtout la peur qui a conduit les Burundais à voter et à approuver la réforme.

L’ancien leader rebelle hutu Agathon Rwasa, chef de la coalition d’indépendants Amizero y’Abarundi (Espoir des Burundais), a annoncé dès samedi qu’il ne reconnaissait pas les résultats. Il entend présenter un recours devant la cour Constitutionnelle, qui n’a aucune chance d’aboutir, celle-ci étant depuis 2015 complètement soumise au pouvoir.

Il estime que le processus électoral n’a été « ni libre, ni transparent, ni indépendant, encore moins démocratique », en raison des « intimidations et [du] harcèlement » dont a été victime la population de la part du CNDD-FDD.

Selon son mouvement, des responsables des bureaux de vote membres du CNDD-FDD, ainsi que des Imbonerakure, la ligue de jeunesse de ce parti, ont forcé des électeurs à voter oui.

« Le référendum au Burundi a eu lieu dans un climat d’abus généralisés, de peur et de pressions, qui de toute évidence n’est pas favorable au libre choix », avait également estimé au lendemain du référendum Ida Sawyer, directrice pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch (HRW).

La campagne référendaire avait été marquée par des abus, HRW ayant documenté « 15 meurtres, six viols en forme de punition contre des gens perçus comme hostiles au CNDD-FDD, huit enlèvements et de nombreuses autres violations ».

Le régime a rejeté l’ensemble de ces accusations. Le responsable de la communication présidentielle, Willy Nyamitwe, a dénoncé « une campagne pour ternir l’image du Burundi ».

Depuis sa candidature à un troisième mandat en avril 2015, contestée par l’opposition, la société civile et une partie de son camp, M. Nkurunziza a mené une répression brutale, qui a fait au moins 1200 morts et plus de 400 000 réfugiés.