En Afrique du Sud, accord historique pour l’indemnisation des mineurs

Manifestation de mineurs devant les locaux d'AngloGold Ashanti à Carletonville, en 2012
Photo: Alexander Joe Agence France-Presse Manifestation de mineurs devant les locaux d'AngloGold Ashanti à Carletonville, en 2012

Plusieurs dizaines de milliers de mineurs victimes de la silicose et de tuberculose dans les mines sud-africaines vont être indemnisés en vertu d’un accord historique d’un montant de plus de 5 milliards de rands (510 millions $CAD) avec plusieurs géants du secteur.

Cette transaction, annoncée jeudi au terme de trois années d’intenses négociations, est la première du genre conclue en Afrique du Sud, alors qu’une plainte en nom collectif dans le secteur minier avait été lancée.

« C’est un accord historique », s’est réjoui devant la presse à Johannesburg le ministre de la Santé, Aaron Motsoaledi.

« L’accord offre des compensations significatives à tous les mineurs concernés », se sont félicités les groupes miniers et les plaignants dans un communiqué commun.

La somme de 5 milliards de rands correspond aux provisions déjà budgétées par les six groupes miniers impliqués dans l’accord, African Rainbow Minerals, Anglo American, AngloGold Ashanti, Harmony Gold, Gold Fields et Sibanye Stillwater.

« Ces 5,2 milliards de rands sont une estimation qui pourrait augmenter en fonction du nombre de plaignants admissibles », a précisé un avocat ayant participé aux négociations, John Brand.

Plus de 100 000 mineurs qui ont travaillé dans les mines d’or d’Afrique du Sud depuis 1965 pourraient être indemnisés, selon ses estimations.

Après examens médicaux, ils recevront entre 10 000 et 250 000 rands (entre 1000 et 25 400 $), une somme calculée en fonction de l’état de santé du requérant.

Les veuves des mineurs décédés de silicose ou de tuberculose seront également admissibles à des dédommagements.

« L’objectif était de tenir l’industrie aurifère pour responsable des énormes dommages qu’elle a causés à ses salariés pendant des années et d’offrir des compensations aux familles des mineurs et des anciens mineurs », a souligné devant la presse l’un des avocats des plaignants, Richard Spoor.

Les mineurs avaient obtenu en 2016, de la Haute Cour de Johannesburg, l’autorisation d’engager une action collective contre leurs employeurs, une première dans ce secteur.

Ils affirment avoir contracté la silicose ou la tuberculose en étant contraints par leurs employeurs de travailler pendant des années dans des conditions jugées dangereuses.

Surnommée « le mal des mineurs », la silicose est provoquée par l’inhalation de poussières de silice, notamment lors du forage de roches. Elle affecte les poumons de manière irréversible, mais est évitable en portant des équipements de protection.

« C’est un grand jour, une grande victoire », a souligné Mark Heywood, directeur de l’ONG Section 27. « Mais ce n’est pas le bout du chemin » car, dans ce genre de dossier, on constate que des personnes ne réclament pas leurs droits, faute d’informations. De nombreux mineurs malades sont originaires de pays voisins, comme le Botswana, le Swaziland, le Lesotho ou encore le Mozambique.

« Au cours des cinq dernières années, sur les 35 000 clients que mon cabinet défend, environ 5000 sont morts. Cela nous a poussés à trouver un accord au plus vite », a souligné M. Spoor.

Selon les études scientifiques, le taux de prévalence de la silicose parmi les salariés des mines d’or sud-africaines oscille entre 22 et 36 %, l’un des plus élevés au monde.

L’accord ne met toutefois pas fin à la plainte en nom collectif déposée devant la justice, puisque deux entreprises minières poursuivies par les mineurs ne s’y sont pas associées.