Profession: fouilleurs d’or

Il faut compter deux ou trois jours de travail à raison de douze heures par jour pour amasser un gramme d’or.
Photo: Julien Bois Collaboration spéciale Il faut compter deux ou trois jours de travail à raison de douze heures par jour pour amasser un gramme d’or.

À deux heures de moto de la capitale du Burkina Faso, Ouagadougou, un village éphémère et sans nom constitué d’orpailleurs se dresse dans une petite vallée.

L’étonnante organisation de ce village, inconnu des autorités burkinabées, orbite autour de la poussière d’or. Sur ce plateau aride, le métal jaune est maître.

La convoitise pour la précieuse poussière se poursuit sans relâche. Ne sachant pas de quoi demain sera fait, jour après jour cette microsociété s’anime depuis déjà dix ans. Hommes et femmes s’activent sans division sexuelle du travail. Parfois, la marmaille observe et, d’autres fois, elle participe au labeur.

Il ne s’agit pas de trouver la pépite d’or si présente dans notre imaginaire, mais d’extraire la poudre d’or amalgamée à la roche. Le processus d’extraction de l’or est tout aussi méticuleux que rudimentaire. D’abord, la pierre aurifère est fracassée à la main pour ensuite être réduite en poudre dans un moulin mécanisé. La poussière de roche est mélangée à de l’eau et est versée sur des serviettes, sur lesquelles se dépose la poussière d’or. Les tissus sont par la suite secoués dans un récipient de plastique rempli d’eau.

Photo: Julien Bois Le Devoir Un «acheteur» sur place paie entre 25 000 et 30 000 francs CFA pour un gramme d'or, soit entre 57$ et 69$.

Subséquemment, l’orpailleur se munit de sa bâtée, récipient circulaire en forme de cuvette, pour séparer le précieux minerai du reste. La dernière étape consiste à passer la terre mouillée dans un mélange d’eau et de cyanure pour s’assurer que tout l’or est récupéré. « On travaille de longues heures. Personne ne nous y force, on ne sait jamais quand ce site fermera », explique Shamim (prénom fictif).

Il faut compter deux ou trois jours de travail à raison de douze heures par jour pour amasser un gramme d’or. Un « acheteur » est sur place et paie entre 25 000 et 30 000 francs CFA le gramme, soit entre 57 $ et 69 $. On calculera en moyenne 2 $ l’heure. Le village anonyme est contrôlé par quelques autochtones : des Burkinabés nés aux alentours, ayant flairé l’affaire et orchestré le tout. L’or est ensuite vendu à des richissimes de la capitale, et a posteriori sur le marché mondial.

« Ici, l’agriculture est pauvre. Ça ne vaut pas la peine », dit Darifa (prénom fictif). Les très maigres revenus reliés à l’agriculture découragent souvent les paysans à poursuivre cette pratique. Pour les orpailleurs rencontrés, pas question de retourner labourer la terre. L’or est dans la poussière, elle se colle partout, sur leur visage, dans leurs rides, leurs sourires et dans le creux de leurs paumes. L’or s’infiltre dans l’air du temps et au coeur même de leur conviction de s’offrir une vie meilleure.