La grogne sociale monte en Tunisie au lendemain de la mort d'un homme

Des jeunes sont descendus dans la rue par centaines à Tebourba, à 30 km à l’ouest de Tunis, où des policiers et des militaire ont répliqué à des jets de pierre à coups de gaz lacrymogènes.
Photo: Fethi Belaid Agence France-Presse Des jeunes sont descendus dans la rue par centaines à Tebourba, à 30 km à l’ouest de Tunis, où des policiers et des militaire ont répliqué à des jets de pierre à coups de gaz lacrymogènes.

Des échauffourées ont repris en Tunisie mardi soir entre manifestants et forces de l’ordre, au lendemain de la mort d’un homme dans des troubles sociaux alimentés par des mesures d’austérité, sept ans après la révolution.

Des jeunes sont descendus dans la rue par centaines à Tebourba, à 30 km à l’ouest de Tunis, où des policiers et des militaire déployés en force ont répliqué à des jets de pierre à coups de gaz lacrymogènes, a constaté un journaliste de l’AFP.

Des scènes similaires ont eu lieu dans le centre défavorisé du pays, à Kasserine et à Jelma, localité proche de Sidi Bouzid d’où était partie en décembre 2010 la contestation sociale marquant le début du Printemps arabe.

Une autopsie avait lieu mardi pour déterminer la cause du décès d’un homme de 45 ans à Tebourba, dans des circonstances peu claires, lors de heurts dans la nuit de lundi à mardi, selon les ministères de la Santé et de l’Intérieur.

Le ministère de l’Intérieur a démenti que cet homme a été tué par la police, soulignant qu’il ne portait aucune marque de violence. Il souffrait de « problèmes respiratoires », a indiqué le porte-parole du ministère.

« Casseurs »

Lundi soir, « nous n’avons pas vu des protestations mais des gens qui cassent, volent et agressent les Tunisiens », a affirmé le premier ministre tunisien, Youssef Chahed, sur les ondes de la radio privée Mosaïque FM.

« Nous disons aux casseurs et à ceux qui les incitent que, pour le gouvernement, la seule solution est d’appliquer la loi. Nous sommes prêts à écouter, mais chaque personne voulant manifester doit le faire de manière pacifique », a-t-il prévenu.

Ces incidents interviennent au moment où la grogne sociale monte en Tunisie, notamment contre la hausse de la TVA entrée en vigueur au 1er janvier dans le cadre d’un budget d’austérité.

Une manifestation à l’appel de plusieurs organisations de la société civile a rassemblé sans incident une centaine de personnes mardi dans le centre de la capitale, Tunis.

« La pauvreté et la faim ont augmenté, oh citoyen opprimé ! » scandaient les manifestants, en majorité des jeunes.

« Nos revendications sont les suivantes : suspendre la loi de finances 2018, revenir aux prix initiaux des denrées et embaucher une personne de chaque famille pauvre », a assuré Hamza Nasri, membre de la campagne « Fech Nestannew » (Qu’est-ce qu’on attend) lancée en début d’année pour protester contre les hausses de prix.

Plusieurs centaines d’autres personnes, pour beaucoup très jeunes, ont également manifesté à Regueb, dans le centre défavorisé du pays.

Le ministre des Finances, Ridha Chalghoum, a assuré que le gouvernement garderait le cap des augmentations d’impôts.

« Le chef du gouvernement s’est engagé à ne pas augmenter les produits de première nécessité, a-t-il assuré. Parmi les acquis de la démocratie, il y a la possibilité de manifester, mais on a aussi l’obligation de travailler pour une économie tunisienne saine où cette croissance, qui a pointé le bout du nez en 2017, se consolide davantage et soit créatrice d’emplois. »

Le mois de janvier est traditionnellement marqué par une mobilisation sociale en Tunisie depuis la révolution de 2011, et le contexte est particulièrement tendu cette année à l’approche des premières élections municipales de l’après-révolution, plusieurs fois reportées et prévues en mai.