Amnesty dénonce le rôle de Shell dans des crimes au Nigeria

Le Nigeria possède l’une des plus grandes réserves de pétrole sur le continent et l’entreprise Shell y est le plus grand opérateur depuis le début de son exploitation, il y a 50 ans.
Photo: Florien Plaucheur Agence France-Presse Le Nigeria possède l’une des plus grandes réserves de pétrole sur le continent et l’entreprise Shell y est le plus grand opérateur depuis le début de son exploitation, il y a 50 ans.

Lagos — Le géant pétrolier anglo-néerlandais Shell a une lourde responsabilité dans des exactions commises dans les années 1990 contre des populations du sud-est du Nigeria, immense zone d’extraction de l’or noir, a dénoncé mardi Amnesty International.

Dans un rapport intitulé « Shell : complicité d’homicides ? », l’ONG affirme avoir rassemblé « pour la première fois », « les éléments disponibles qui brossent un tableau accablant de la participation de Shell » dans la répression de manifestations populaires à partir de 1990, faisant des centaines de morts, notamment dans l’Ogoniland.

L’ONG affirme que la politique du géant pétrolier à partir de 1995 était de fournir des « hélicoptères, bateaux et cars » aux autorités nigérianes pour assurer la sécurité de la région, « en sachant pertinemment que les forces de sécurité commettaient des violations des droits de la personne ».

« En octobre 1993, l’entreprise a transporté des militaires jusqu’au village de Korokoro, où ceux-ci ont ouvert le feu sur des manifestants », peut-on lire dans le rapport, ou a même versé des « honoraires » à certains membres de l’armée.

Amnesty International revient également sur l’affaire Ken Saro-Wiwa, écrivain et chef du Mouvement pour la survie du peuple ogoni (MOSOP), exécuté en 1995, pendant la dictature sanglante de Sadi Abacha.

Pour clore son rapport, l’ONG demande aux autorités nigérianes, mais aussi aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, de « diligenter une information judiciaire sur le rôle de l’entreprise dans les violations des droits de la personne perpétrées par les forces de sécurité nigérianes ».

La justice pourrait ouvrir une enquête

La justice néerlandaise a réagi après la publication du rapport, affirmant qu’elle allait examiner le dossier d’Amnesty sur le rôle de Shell au Nigeria, pour déterminer si une enquête devait être ouverte.

« Nous allons étudier le dossier très sérieusement et si nous voyons une raison pour ouvrir une enquête, nous le ferons », a déclaré mardi soir un porte-parole du ministère public, cité par l’agence de presse néerlandaise ANP.

De son côté, la filiale nigériane de la compagnie Shell (SPDC) s’est défendue de ses accusations, dénonçant uniquement le rôle du gouvernement militaire de l’époque dans « cet événement tragique ».

« Nous étions choqués et attristés lorsque nous avons entendu les nouvelles des exécutions » [de Ken Saro-Wiwa et de membres du MOSOP], a écrit à l’AFP un porte-parole de la compagnie, affirmant que Shell avait alors demandé la clémence pour ceux-ci.

« Shell n’a jamais aidé ni encouragé les autorités à perpétrer un quelconque acte de violence au Nigeria », poursuit le service de communication de la SPDC.

Le Nigeria, avec une production d’environ 2 millions de barils par jour, possède l’une des plus grandes réserves de pétrole sur le continent (avec la Libye), et l’entreprise Shell y est le plus grand opérateur depuis le début de son exploitation, il y a 50 ans.

La compagnie anglo-néérlandaise est régulièrement montrée du doigt pour sa responsabilité dans les désastres écologiques dans le sud-est du Nigeria.

En août dernier, un millier de personnes avaient envahi pendant plusieurs semaines une station pétrolière du géant international pour demander que la gestion de l’infrastructure pétrolière soit confiée à une entreprise locale.

1 commentaire
  • Nadia Alexan - Abonnée 29 novembre 2017 01 h 41

    Une comportement mafieuse!

    À quand les pays soit-disant civilisés vont prendre leur responsabilité au sérieux pour réglementer les multinationales telles que Shell? Il faut arrêter les atrocités commises par ces sociétés récalcitrantes qui se pensent en dessus de la loi et qui se comportent comme la Mafia.