L’armée prend le contrôle du Zimbabwe, Mugabe assigné à résidence

Les habitants de la capitale, Harare, ont contribué au calme en vaquant à leurs occupations habituelles, en dépit de la présence dans les rues de soldats armés montés sur des blindés.
Photo: Agence France-Presse Les habitants de la capitale, Harare, ont contribué au calme en vaquant à leurs occupations habituelles, en dépit de la présence dans les rues de soldats armés montés sur des blindés.

L’armée du Zimbabwe contrôle la capitale et le diffuseur public, le président Robert Mugabe et sa femme Grace sont en résidence surveillée et le règne du plus vieux chef d’État de la planète semble terminé.

L’armée a beau répéter qu’il n’y a « pas de prise de contrôle militaire » et qu’elle veut restaurer la démocratie, tout porte à croire que M. Mugabe a été chassé du pouvoir après 37 ans dans le cadre de ce que les partisans de l’armée appellent « une correction sans effusion de sang ».

Des émissaires envoyés par l’Afrique du Sud et d’autres pays essaieront de négocier avec les généraux et M. Mugabe pour assurer une transition pacifique.

Les habitants de la capitale, Harare, ont contribué au calme en vaquant à leurs occupations habituelles, en dépit de la présence dans les rues de soldats armés montés sur des blindés.

« J’essaie de me renseigner sur WhatsApp, mais je ne comprends pas vraiment ce qui se passe, a dit Felix Tsanganyiso, qui vend du temps d’antenne cellulaire. Jusqu’à maintenant, tout va bien : on fait nos affaires sans harcèlement. Je demanderais à celui qui va prendre le pouvoir de faire le ménage dans l’économie. Nous en avons assez de vivre comme ça. »

Espoir de transition pacifique

Les événements se bousculent depuis que M. Mugabe a limogé la semaine dernière son lieutenant Emmerson Mnangagwa. Cela semblait ouvrir la voie à l’élévation de Grace Mugabe à la vice-présidence du pays lors d’un congrès du parti au pouvoir, le mois prochain.

Mais la première dame est impopulaire auprès des Zimbabwéens en raison de ses dépenses extravagantes. Le mois dernier, elle s’est présentée devant la justice contre un marchand de bijoux qui ne lui aurait pas remis le diamant de 100 carats qu’elle prétend avoir acheté.

La femme de 52 ans est connue comme la leader du G40, un groupe de responsables âgés de 40 ou 50 ans qui sont trop jeunes pour avoir combattu pour l’indépendance de l’ancienne Rhodésie. Des experts analysent que les généraux et les anciens combattants ont réagi au congédiement de M. Mnangagwa, qui semblait les pousser sur les lignes de côté.

Les détracteurs du gouvernement demandent à M. Mugabe de céder sa place sans résister. « On devrait permettre au vieil homme de se reposer », a dit à la télévision sud-africaine Tendai Biti, un ancien ministre des Finances qui milite maintenant pour l’opposition.

Lundi, dans un geste sans précédent, le commandant des forces zimbabwéennes avait publié un communiqué dans lequel il dénonçait M. Mugabe pour avoir mis à l’écart les anciens combattants de la guerre d’indépendance. Le lendemain, le parti au pouvoir dénonçait à son tour une « conduite relevant de la trahison » de la part du chef de l’armée. Quelques heures plus tard, des blindés sont entrés dans la capitale et ont pris le contrôle de sites stratégiques, comme le siège du diffuseur public et la résidence de M. Mugabe.

L’Afrique du Sud intervient

Le président sud-africain Jacob Zuma a annoncé l’envoi de ses ministres de la Défense et de la Sécurité d’État au Zimbabwe pour rencontrer les généraux et M. Mugabe. Il a dit espérer que l’armée zimbabwéenne respectera la Constitution du pays et que la situation « sera contrôlée ».

« Nous assistons à une transition en douceur, pense Alex Rusero, un spécialiste du Zimbabwe. Il faut savoir que l’armée a toujours été le siège du pouvoir du ZANU-PF [le parti de M. Mugabe]. Mais le G40 a essayé de déloger l’armée et les militaires veulent reprendre leur position. »

M. Mnangagwa pourrait très bien revenir au pays en tant que leader intérimaire pour rétablir l’ordre constitutionnel au pays, a ajouté M. Rusero.

Des négociations pourraient maintenant commencer pour convaincre M. Mugabe de s’en aller tranquillement, croit Piers Pigou, un consultant pour le sud de l’Afrique de l’International Crisis Group. Il estime lui aussi que M. Mnangagwa pourrait être nommé leader intérimaire.

« Le Zimbabwe pourrait avoir une sorte de gouvernement inclusif et de processus démocratique, menant possiblement à des élections, a-t-il dit. C’est manifestement un coup d’État, mais comme toujours au Zimbabwe, l’armée essaie de mettre une couche légale sur tout ça… Ça fait partie du théâtre auquel le Zimbabwe excelle, d’essayer de tout faire paraître ordonné et démocratique. L’Afrique du Sud et d’autres voisins pourraient être appelés en renfort pour essayer de cacher ce qui est vraiment en train de se produire. »

Crise ouverte

Le vice-président limogé

 

Le 6 novembre, Robert Mugabe limoge « avec effet immédiat » Emmerson Mnangagwa, après des semaines de tensions au sommet de l'État entre le vice-président et Grace Mugabe.
 

« Il est devenu évident que son comportement dans l'exercice de ses fonctions est devenu incohérent avec ses responsabilités officielles », affirme le ministre de l'Information Simon Khaya Moyo.
 

La veille, Grace Mugabe avait annoncé qu'elle était prête le moment venu à succéder à son mari, et que le parti au pouvoir allait bientôt changer ses statuts pour qu'une femme soit vice-présidente. 
 

Le 7 novembre, le Chronicle, un quotidien d'État, accuse M. Mnangagwa de comploter en vue de « s'emparer du pouvoir ».

 

Défi au couple Mugabe

 

Le 8 novembre, Emmerson Mnangagwa annonce avoir quitté son pays en raison des « menaces incessantes », mais promet de défier Robert Mugabe et son épouse. « Le temps est venu de dire non aux demi-dieux et personnes qui sont autocentrées et ne pensent qu'à elles-mêmes et leur famille ».
 

La Zanu-PF (au pouvoir) « n'est pas votre propriété personnelle ni celle de votre épouse », lance M. Mnangagwa, promettant de « revenir au Zimbabwe pour diriger » le parti. Selon ses proches, Emmerson Mnangagwa a fui le Zimbabwe pour l'Afrique du Sud.
 

Dans la soirée, la Zanu-PF annonce son expulsion, sur décision « unanime » du politburo, l'organe suprême de décision du parti.

 

Mise en garde du chef de l'armée

 

Le 13 novembre, le chef de l'armée, le général Constantino Chiwenga, adresse une mise en garde sans précédent au parti de Mugabe, dénonçant l'éviction du vice-président. « La purge actuelle qui vise clairement les membres du parti [...] doit cesser immédiatement ». « Nous devons rappeler à ceux qui sont derrière ces dangereuses manigances que lorsqu'il s'agit de protéger notre révolution, l'armée n'hésitera pas à intervenir », menace-t-il.
 

M. Mnangagwa, qui a reçu le soutien des anciens combattants de la guerre d'indépendance au Zimbabwe, entretient des liens étroits avec les militaires, étant à la fois un ancien ministre de la Défense et un ex-patron des services secrets du Zimbabwe. 

 

L'armée contrôle Harare

 

Le 14 novembre, la Zanu-PF affirme que les critiques du chef de l'armée étaient « clairement destinées à perturber la paix nationale [...] et démontrent une conduite relevant de la trahison ».
 

Quelques heures plus tard, un convoi de blindés est observé en mouvement près de la capitale. Des échanges de tirs nourris sont entendus près de la résidence privée de Mugabe à Harare.
 

Dans la nuit, des officiers annoncent être intervenus pour éliminer des « criminels » dans l'entourage du chef de l'État et démentent toute tentative de coup d'État.
 

Le 15 novembre, l'armée prend le contrôle des rues de la capitale.

 

Un communiqué de la présidence sud-africaine indique que Robert Mugabe a affirmé au téléphone à son homologue sud-africain Jacob Zuma qu'il était « détenu à son domicile » par l'armée, mais « allait bien ». L'Afrique du Sud dépêche deux envoyés spéciaux au Zimbabwe.

Agence France-Presse

La diaspora zimbabwéenne au Canada se croise les doigts et retient son souffle

Des membres de la communauté zimbabwéenne au Canada se croisaient les doigts, mercredi, en espérant que les événements de cette semaine seront enfin porteurs de changements durables pour ce pays.

«Ça va changer beaucoup de choses», estime Regis Musango, président de la Société culturelle zimbabwéenne de l’Alberta. «Les élections (de 2018) se tiendront de façon démocratique et paisible, et le leader sera choisi par la population — il ne lui sera plus imposé.»

«Je suis retournée au Zimbabwe cette année, après 17 ans, et c’était désolant de voir à quel point ce pays s’était détérioré», raconte Belinda Fernandez, une Torontoise née au Zimbabwe.

Affaires mondiales Canada conseille aux ressortissants canadiens qui se trouvent dans la capitale du Zimbabwe de rester chez eux et de suivre attentivement les événements par l’entremise des médias.
1 commentaire
  • Gilles Bonin - Abonné 15 novembre 2017 15 h 06

    Pas pour le défendre...

    Certes, dictateur indéfendable, mais l'armée qui était à sa botte, ce sera mieux? On est loin d'un début de commencement d'une ombre de cheminement vers la démocratie, comme trop souvent dans de nombreux pays, particulièrement en Afrique.