Le deuxième scrutin de la présidentielle kényane, un «simulacre»

Le vote a été reporté dans certains bastions de l’opposition où les bureaux de scrutin n’avaient pas pu ouvrir en raison de problèmes de sécurité.
Photo: Marco Longari Agence France-Presse Le vote a été reporté dans certains bastions de l’opposition où les bureaux de scrutin n’avaient pas pu ouvrir en raison de problèmes de sécurité.

Le leader de l’opposition kenyane, Raila Odinga, signale que son pays est en « grave danger », quelques jours après la reprise de l’élection présidentielle.

En entrevue avec l’Associated Press à sa résidence de Nairobi, M. Odinga a qualifié ce deuxième scrutin de simulacre et réclamé la tenue d’un autre vote d’ici 90 jours.

Tom Odinga reproche au président sortant, Uhuru Kenyatta, de vouloir « détruire les autres institutions de gouvernance de notre pays » comme la Cour suprême, alors que son parti a limité les pouvoirs du tribunal en matière de règlement de différends électoraux.

La Cour suprême avait annulé le résultat de l’élection du 8 août en raison d’« irrégularités et illégalités » ainsi que du refus de la commission électorale de soumettre son système informatique à un examen. Ce premier vote avait été remporté par M. Kenyatta.

M. Odinga a boycotté sa reprise, car il réclame une réforme électorale. Il s’est dit ouvert au dialogue avec le camp adverse en vue d’organiser des élections libres et démocratiques.

Le politicien âgé de 72 ans estime que la faible participation à l’élection de jeudi dernier démontre son invalidité. Le vote a même été reporté dans certains bastions de l’opposition où les bureaux de scrutin n’avaient pas pu ouvrir en raison de problèmes de sécurité.

Raila Odinga a accordé une entrevue à l’Associated Press dimanche, dans la foulée des affrontements entre les policiers et ses sympathisants, qui ont fait au moins huit morts depuis jeudi.

Les résultats partiels du deuxième vote placent à nouveau M. Kenyatta en tête.

« C’était essentiellement Uhuru contre Uhuru », dénonce M. Odinga.

Le chauffeur d’une juge de la Cour suprême a été atteint par balle quelques heures avant la séance où il aurait été question du report de ce deuxième vote, explique M. Odinga, qui croit que le tribunal n’a pas pu trancher parce que la fusillade a « apeuré » les magistrats et seulement deux d’entre eux se sont donc présentés.

Raila Odinga dit vouloir organiser un mouvement de résistance pacifique comme ceux mis en branle par Martin Luther King ou encore Mahatma Gandhi. Il appelle notamment à la grève et aux manifestations pour la tenue d’un troisième vote.