Affaire Zongo: le Burkina demande l'extradition de François Compaoré

François Compaoré, frère de l’ancien président déchu burkinabé Blaise Compaoré, en 2012.
Photo: Ahmed Ouoba Agence France-Presse François Compaoré, frère de l’ancien président déchu burkinabé Blaise Compaoré, en 2012.

Le Burkina Faso a demandé lundi soir l’extradition de François Compaoré, frère de l’ancien président burkinabé Blaise Compaoré, arrêté en France dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat en 1998 du journaliste Norbert Zongo.

 

« Les documents relatifs à la demande d’extradition ont été préparés et transmis au ministère des Affaires étrangères pour que les autorités françaises soient saisies dès ce soir », a déclaré le ministre burkinabé de la Justice René Bagoro dans une conférence de presse à Ouagadougou.

 

« Nous avons formulé notre demande d’extradition », et « le Burkina Faso usera de tous les moyens juridiques pour obtenir l’extradition » de François Compaoré, afin qu’il « vienne répondre à la justice burkinabé », a insisté M. Bagoro.

 

François Compaoré, 63 ans, qui avait été arrêté dimanche à l’aéroport parisien de Roissy Charles de Gaulle, a été laissé libre mais sous contrôle judiciaire lundi matin par la justice française, dans l’attente de l’examen de la demande d’extradition du Burkina Faso, selon son avocat Pierre-Olivier Sur.

 

Personnage parmi les plus impopulaires des 27 ans du régime Compaoré, ce frère cadet de l’ex-président est réclamé par la justice burkinabé depuis le mois de mai dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du journaliste d’investigation Norbert Zongo et de trois compagnons de voyage, le 13 décembre 1998.

 

François Compaoré est poursuivi pour « incitation à assassinats », selon un avocat de la famille Zongo, Me Benewendé Sankara.
 

Norbert Zongo, auteur de plusieurs enquêtes retentissantes dénonçant la mauvaise gouvernance sous le régime Compaoré, travaillait au moment de son assassinat sur la mort du chauffeur de François Compaoré, alors conseiller économique de son frère et surnommé le « petit président ».

 

François Compaoré s’est enfui du Burkina lors de l’insurrection populaire d’octobre 2014 qui a chassé son frère du pouvoir. Réfugiés tous les deux en Côte d’Ivoire, ils ont obtenu la nationalité ivoirienne.

 

Mais « il ne bénéficie d’aucune immunité diplomatique » liée à sa nationalité ivoirienne, a estimé le ministre de la Justice burkinabé, précisant que son pays dispose d’« une convention de coopération judiciaire » avec la France « depuis 1961 ».

 

« S’agissant de la peine de mort [toujours légalement en vigueur] nous avons développé un argumentaire qui permettra aux autorités judiciaires françaises de savoir qu’au Burkina la peine n’est plus exécutée depuis un certain temps et que nous sommes un pays abolitionniste de fait », a précisé M. Bagoro.

 

« Cela permettra aux autorités françaises de ne pas craindre que l’intéressé soit torturé ni que ses droits ne soient respectés, ni qu’il soit soumis à des peines dégradantes ou humiliantes ».

 

Cependant, « il faut s’attendre à ce qu’il y ait une longue bataille » judiciaire pour obtenir l’extradition de François Compaoré, a-t-il prévenu.
 

« Je pense que le Burkina Faso fait un détournement de procédure judiciaire pour stigmatiser un homme coupable de s’appeler Compaoré », a affirmé Me Pierre-Olivier Sur, qui assure que « des faits similaires en France seraient prescrits », donc pas poursuivis.

François Compaoré a un temps été inculpé de « meurtre et recel de cadavre » après la mort de son chauffeur, mais n’avait jamais été poursuivi dans le dossier Zongo avant l’émission de ce mandat d’arrêt international par le Burkina.

 

Il « a été entendu trois fois par la commission d’enquête internationale et trois autres fois par une juridiction d’instruction au Burkina, or chacune de ces deux procédures l’a disculpé » dans ce dossier, fait valoir son avocat.

 

En décembre 2015, trois ex-soldats du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), l’ancienne garde prétorienne du président Compaoré — dissoute après sa tentative de coup d’État mi-septembre 2015 — ont été inculpés par la justice burkinabé dans cette affaire.