Les Canadiens ont donné 21 millions pour soulager la faim en Afrique

Le gouvernement canadien égalera le montant amassé par les citoyens et versera 21,3 millions à dix ONG d’expérience.
Photo: Albert Gonzalez Farran Agence France-Presse Le gouvernement canadien égalera le montant amassé par les citoyens et versera 21,3 millions à dix ONG d’expérience.

Plus de 21 millions en trois mois et demi. C’est le total des dons faits par les Canadiens entre la mi-mars et la fin juin à près de 50 organismes pour lutter contre la famine en Afrique. Ils répondaient ainsi à l’appel à la générosité du gouvernement fédéral qui, le 17 mars dernier, démarrait en urgence un Fonds de secours contre la famine pour répondre à la crise humanitaire touchant plus de 55 millions d’Africains, notamment au Yémen, en Somalie et au Soudan du Sud.

« On est contents, c’est beaucoup. Je suis très contente du montant qui a été recueilli parce que les Canadiens sont très sollicités, mais ils ont été généreux », a dit la ministre du Développement international et de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau, dans une entrevue bilan accordée au Devoir.

Comme promis, le gouvernement canadien égalera le montant amassé par les citoyens et versera 21,3 millions à dix ONG d’expérience (Oxfam, Croix-Rouge, etc.) pour soulager les besoins criants des ressortissants de huit pays plongés dans une grave crise alimentaire en raison des conflits qui font rage. Cette méthode d’appariement des dons est souvent utilisée et donne de bons résultats, a insisté la ministre. « Ça encourage beaucoup les Canadiens à donner et nos organisations canadiennes à l’international nous le demandent, c’est un bon moyen de susciter la générosité. »

La Croix-Rouge canadienne le confirme, cette façon de faire est courante. Elle a d’ailleurs reçu pour 4,1 millions de dons dans le cadre de ce Fonds de secours contre la famine. Elle recevra un autre montant, cette fois du gouvernement fédéral, qu’elle utilisera en Afrique précisément dans les régions touchées par les conflits et la famine, tant pour le déploiement du personnel que pour soutenir un hôpital de campagne en Somalie, par exemple. « On ne peut pas transférer des montants d’un fonds à un autre. La perception, c’est que des Fonds amassent plus d’argent que d’autres, mais pour nous, c’est un principe de base que de respecter le choix du donateur. Même si on a plus de fonds pour la catastrophe X, il ne va pas servir à la catastrophe Y », explique Myrian Marotte, directrice des communications pour le Québec de la Croix-Rouge canadienne.

La « pire » famine

Les échos sont parfois lointains, mais la famine en Afrique de l’Est, surtout causée par des conflits armés, est bien réelle. La ministre Bibeau est revenue bouleversée d’un récent voyage au Soudan du Sud à la fin du mois de mai. « C’est le pire de tout ce que j’ai vu en matière de famine », a-t-elle souligné. Elle se rendait dans ce pays en conflit pour constater de visu les opérations de largage de nourriture par voie aérienne. « Voir les denrées jetées du ciel, c’est assez impressionnant et troublant », a-t-elle ajouté, expliquant qu’elles sont ensuite récupérées par le personnel des organisations internationales qui coordonnent la distribution. « Ça se fait ensuite de façon très ordonnée. […] Les gens ne se jetent pas sur la poche de riz. »

Les routes pour s’y rendre étant impraticables pour cause de conflit ou de saison des pluies, certains camps sont très isolés et il faut s’y rendre par avion et hélicoptère ensuite. « Quand j’y étais, j’ai vu 10 000 personnes épuisées, affamées, déshydratées qui attendaient en ligne pour avoir une ration qui allait leur durer un mois. C’était surtout des femmes et des enfants, les hommes étant en train de se battre quelque part. »

Approche féministe

Les femmes — et avec elles les enfants — font d’ailleurs l’objet d’une attention particulière dans le déploiement de cette aide humanitaire d’urgence, mais également dans les objectifs de développement. La somme de 21,3 millions qu’Ottawa versera pour égaler les dons des Canadiens sera d’ailleurs consacrée à de nombreuses propositions qui touchent les femmes. « Notre [politique] féministe, c’est vraiment une démarche qui s’est structurée de mois en mois depuis le début [de mon] mandat. On s’est demandé dans une consultation comment on pouvait avoir le plus d’impact dans notre objectif ultime de mettre fin à la pauvreté. Il fallait mettre fin aux inégalités, et le plus grand groupe de personnes qui les subit, ce sont les femmes », soutient Mme Bibeau.

Au-delà des questions alimentaires, les femmes et les filles ont un impact sur l’éducation, l’hygiène, la santé… « C’est une roue qui s’enclenche. Si on donne aux femmes et aux filles le moyen de développer leur plein potentiel, on lutte contre la pauvreté de façon plus efficace. »