Jacob Zuma s’accroche, mais l’ANC se fracture

Jacob Zuma
Photo: Pieter Bauermeister Agence France-Presse Jacob Zuma

La presse sud-africaine estimait mercredi que l’échec de la motion de défiance la veille contre le président Jacob Zuma n’était qu’une victoire en demi-teinte pour le chef de l’État, le vote relativement serré exprimant des divisions profondes au sein du parti au pouvoir.

Mardi soir, il n’a manqué que 24 voix (sur 400) pour que la motion de défiance présentée par l’opposition contre M. Zuma soit votée par les députés.

Si les rangs de l’opposition ont fait bloc, ils ont enregistré le soutien d’une trentaine de députés du Congrès national africain (ANC, au pouvoir), encouragés à voter contre le président Zuma par l’organisation du scrutin à bulletin secret.

Sur les quatre motions qui ont visé M. Zuma depuis 2015, c’est la première fois que le président s’en sort avec une si faible marge.

« Combien de temps le président Jacob Zuma va-t-il pouvoir survivre après le vote de mardi, qui n’est qu’une courte victoire pour ceux qui soutiennent sa présidence ? » s’interrogeait mercredi l’hebdomadaire Mail and Guardian sur son site.

« C’est peut-être une victoire pour Zuma. Mais sur le long terme, on peut voir ça comme une défaite majeure pour l’ANC », ajoute Richard Calland, professeur à l’Université du Cap, dans un éditorial pour le site News24.

Car depuis le début du deuxième mandat de Jacob Zuma, démarré en 2014, le parti de feu Nelson Mandela ne cesse de perdre du terrain dans l’opinion.

Abus de bien sociaux pour la rénovation de sa maison privée, multiples accusations de corruption et soupçons de collusion avec une grande famille d’affaires, les Gupta : la liste des scandales autour de M. Zuma s’allonge de mois en mois.

Et ce n’est pas l’état de l’économie sud-africaine, qui traverse une mauvaise passe avec une récession, un chômage record (27,7 %) et une note souveraine dégradée en catégorie spéculative, qui peut aider le président à regagner des points.

L’épuisement d’un modèle

Les élections municipales de 2016 l’ont bien prouvé : sous la férule de Jacob Zuma, l’ANC s’affaiblit.

Le parti au pouvoir depuis la fin de l’apartheid en 1994 avait enregistré l’an dernier un score historiquement bas (moins de 54 % à l’échelle nationale) et perdu le contrôle de plusieurs grandes villes du pays, dont Johannesburg et la capitale, Pretoria.

« On assiste à l’épuisement d’un modèle politique postcolonial où un mouvement de libération arrive au pouvoir, s’installe, puis se transforme en un vaste réseau de clientélisme et perd sa légitimité au bout de 20 ans », note Achille Mbembe, historien à l’Université du Wits à Johannesburg, interrogé par l’AFP.

« L’opposition va continuer sa campagne contre Zuma, c’est l’épouvantail qu’elle agite et qui lui permet d’engranger au niveau politique. Hier, l’ANC n’a jamais prononcé le mot constitution ou démocratie, c’est l’opposition qui l’a fait, elle sort renforcée », poursuit-il.

Devant les tribunaux

 

Après leur relatif échec au Parlement, les opposants comptent désormais sur la justice pour faire tomber Jacob Zuma.

Le président est en effet sous la menace de la réouverture de 783 chefs de corruption dans une vieille affaire de contrat d’armement.

Pourra-t-il tenir encore deux ans et aller au bout de son mandat ? La question va assurément agiter les rangs de l’ANC dans les mois à venir.

« Je ne serais pas étonné que les choses se précipitent et que Zuma soit dégagé avant décembre 2017 », prédit Achille Mbembe.

Si le calendrier est respecté, le parti doit élire en décembre son nouveau président, qui sera le chef de file pour les élections générales de 2019.

 

L’ANC devra choisir entre deux camps : celui des fidèles au président emmené par l’ex-patronne de l’Union Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma contre celui des réformistes de Cyril Ramaphosa, l’actuel vice-président.

« L’Afrique du Sud ne peut pas attendre le mois de décembre. Le changement dont nous avons besoin ne peut pas venir d’une conférence de l’ANC », a prévenu Mmusi Maimane, chef du principal parti d’opposition, l’Alliance démocratique (DA), réclamant mercredi la dissolution du Parlement et l’organisation d’élections anticipées.

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