Signes avant-coureurs de génocide en Centrafrique, selon l’ONU

Des Casques bleus du Gabon en patrouille dans le village de Bria, en Centrafrique, en juin dernier
Photo: Saber Jendoubi Agence France-Press Des Casques bleus du Gabon en patrouille dans le village de Bria, en Centrafrique, en juin dernier

New York — Des signes avant-coureurs de génocide émergent en Centrafrique où les violences redoublent, a estimé lundi un haut responsable de l’ONU, en réclamant davantage de militaires et de policiers pour l’opération de paix des Nations unies dans ce pays.

Quelque 180 000 personnes ont quitté cette année leur domicile dans ce pays, portant à plus d’un demi-million le nombre de déplacés en Centrafrique, a ajouté le secrétaire général adjoint de l’ONU pour les Affaires humanitaires, Stephen O’Brien.

« Les signes avant-coureurs de génocide sont là », a déclaré le responsable en rendant compte, lors d’une réunion à l’ONU, de récents voyages menés en Centrafrique et en République démocratique du Congo.

Augmenter les ressources

« Nous devons agir maintenant, ne pas réduire l’effort de l’ONU et prier pour ne pas avoir à vivre en le regrettant. » Selon Stephen O’Brien, il est temps d’augmenter le nombre de militaires et de policiers de la MINUSCA, la mission de paix conduite par l’ONU en Centrafrique, afin qu’elle soit en adéquation avec son mandat de protection des civils.

Le responsable britannique a précisé qu’il avait été horrifié lors d’une visite dans une église catholique à Bangassou (sud), où 2000 musulmans ont trouvé refuge il y a trois mois et qui sont toujours encerclés par des combattants chrétiens menaçant de les tuer.

« Les risques sont extrêmement hauts et nous devons nous concentrer » sur ce sujet « pour décider si nous les relogeons sur un autre site ou non », a-t-il dit.

La semaine dernière, le secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des opérations de paix, le Français Jean-Pierre Lacroix, avait indiqué qu’il envisageait de demander au Conseil de sécurité de doter la MINUSCA de davantage de troupes.

Conflit entre groupes armés

Les Nations unies ont déployé quelque 12 500 militaires et policiers en Centrafrique, pays de 4,5 millions d’habitants, pour aider à protéger les civils et soutenir le gouvernement du président Faustin-Archange Touadera, élu l’an dernier.

Mais le pays peine à se relever d’un conflit entre groupes armés Séléka prétendant défendre la minorité musulmane, et anti-Balaka majoritairement chrétiens.

Neuf Casques bleus ont été tués depuis mai dans la région de Bangassou, à la frontière avec la République démocratique du Congo.

La moitié de la population a besoin d’une aide alimentaire pour survivre, a aussi affirmé Stephen O’Brien. La Centrafrique compte par ailleurs un demi-million de réfugiés. « Une rechute dans une crise humanitaire de grande ampleur est imminente », a jugé le responsable onusien.

Les Nations unies ont reçu jusqu’à présent seulement 24 % des 497 millions de dollars réclamés lors d’un appel à l’aide humanitaire cette année pour la Centrafrique.