Le Soudan du Sud, nouvelle terre d’exode

Au total, ce sont pas moins de 3,7 millions de Sud-Soudanais qui ont été déracinés par les violences.
Photo: Isaac Kasamani Agence France-Presse Au total, ce sont pas moins de 3,7 millions de Sud-Soudanais qui ont été déracinés par les violences.

Le nombre de personnes délogées par les conflits à travers le monde a atteint un sommet historique de 65,6 millions en 2016, selon les chiffres publiés lundi par le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) dans son rapport annuel. La hausse est toutefois plus faible (+ 300 000) que l’année précédente (+5,8 millions). Si le conflit en Syrie continue de générer le plus grand nombre de réfugiés au monde, les regards se tournent surtout vers le Soudan du Sud, où la guerre civile a provoqué la plus forte progression du nombre de déracinements au cours de l’année.

L’année dernière en Syrie, un peu plus de 800 000 réfugiés ont été recensés par le HCR, portant le total à 5,5 millions après six ans de conflit. Au Soudan du Sud, qui est plongé dans la guerre civile depuis décembre 2013, les chiffres talonnent ceux de la Syrie. Or, ce qui a retenu l’attention du HCR, c’est la vitesse avec laquelle ce chiffre a grimpé à partir de juillet dernier. Le pays d’Afrique de l’Est connaît en effet depuis lors une recrudescence de la violence en raison de l’échec des efforts de paix. Résultat : le nombre de réfugiés sud-soudanais a grimpé de 64 % pendant les six derniers mois de l’année pour atteindre 1,4 million.

65,6
Nombre de millions de personnes déplacées en raison de conflits dans le monde en 2016.

Au total, si l’on inclut les personnes déplacées à l’intérieur du pays et le demi-million de réfugiés qui l’ont fui depuis le début de 2017, ce sont pas moins de 3,7 millions de Sud-Soudanais qui ont été déracinés par les violences. Le pays devenu indépendant en 2011 compte au total 12 millions d’habitants.

Dans le sud

Selon Jonathan Pedneault, chercheur sur le Soudan du Sud pour l’ONG Human Rights Watch, c’est la montée des violences dans le sud du pays qui a poussé les Soudanais du Sud à fuir en masse vers l’Ouganda, qui accueille à présent tout près d’un million de réfugiés.

Les groupes rebelles ont adopté les techniques de la guérilla, se dissimulant parmi les civils et exposant ceux-ci à la violence des combats, explique-t-il. Les forces progouvernementales mènent quant à elle des campagnes de contre-insurrection et « ne font aucune distinction entre les civils et les groupes rebelles armés ». « Il y a des attaques extrêmement violentes menées contre des populations civiles soupçonnées de soutenir ou d’abriter des forces d’opposition, ce qui est bien sûr entièrement illégal. Les forces progouvernementales commettent de nombreux abus en toute impunité : extorsion, viols, agressions physiques, assassinats… »

 

 

 

Réfugiés en Ouganda

Toujours selon M. Pedneault, qui a récemment mené des recherches dans les camps de réfugiés dans le nord de l’Ouganda, près de la frontière sud-soudanaise, les autorités ougandaises s’attendent à recevoir 100 000 réfugiés supplémentaires dans les prochains mois.

Le pays de la région des Grands Lacs est réputé pour avoir une généreuse politique d’accueil des réfugiés, mais ressent néanmoins la pression qu’exerce ce flux migratoire massif. « En raison du manque de financement, nombre [de réfugiés sud-soudanais] n’ont pas accès aux services élémentaires — nourriture, eau et abri notamment », affirme Amnistie internationale dans un communiqué diffusé lundi, en précisant qu’au moins 86 % d’entre eux sont des femmes et des enfants.

Un sommet doit avoir lieu jeudi et vendredi dans la capitale ougandaise, Kampala, afin de mobiliser la communauté internationale pour les réfugiés sud-soudanais.

Photo: Isaac Kasamani Agence France-Presse

Aide canadienne

Au terme d’un séjour au Soudan du Sud, la ministre du Développement international et de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau, a fait savoir lundi par voie de communiqué que le Canada fournirait une aide de 86 millions de dollars à ce pays en guerre afin de financer quatre projets de développement qui visent notamment à « améliorer l’accès aux services de santé de base » et à « accroître l’accès à la nourriture pour les collectivités vulnérables ».

Dans ce pays aussi en proie à la famine, cette aide doit s’ajouter à un fonds de secours en vertu duquel Ottawa s’engage à verser une somme équivalente pour chacun des dons faits d’ici le 30 juin à un organisme de bienfaisance canadien dont la mission est de lutter contre la famine.