Le président égyptien rencontrera Trump dans l’espoir d’un nouveau souffle

Les deux hommes politiques se sont déjà rencontrés une première fois à New York en septembre dernier.
Photo: Dominick Reuter Archives Agence France-Presse Les deux hommes politiques se sont déjà rencontrés une première fois à New York en septembre dernier.
Après quatre ans de relations tendues avec les États-Unis, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi rencontrera lundi à Washington son homologue américain Donald Trump qui ne cache pas son admiration pour l’Égyptien à la poigne de fer.

M. Sissi attend un «nouveau souffle» dans les relations bilatérales avec le nouveau locataire de la Maison-Blanche.

Les deux hommes doivent évoquer la lutte contre le groupe djihadiste Etat islamique, qui mène une lutte armée contre le pouvoir égyptien, mais aussi le conflit israélo-palestinien.

La visite de M. Sissi à Washington interviendra deux jours avant celle du roi Abdallah de Jordanie, autre interlocuteur incontournable d’un processus de paix entre Israéliens et Palestiniens actuellement dans l’impasse.

L’Égypte et la Jordanie sont les deux seuls pays arabes à avoir signé un traité de paix avec Israël. Le président palestinien Mahmoud Abbas est aussi attendu prochainement à la Maison-Blanche même si aucune date n’a été précisée.

Après quatre ans de relations orageuses avec l’ex-président Obama — qui avait, pour un temps, suspendu l’aide militaire américaine de 1,3 milliard de dollars par an en raison d’inquiétudes sur des violations des droits de la personne —, M. Sissi s’attend à un retour au beau fixe avec Donald Trump.

Le président américain «a une compréhension profonde de ce qui se passe dans la région et en Égypte en particulier», avait insisté M. Sissi juste après l’élection américaine.

«Fantastique»
En janvier, Donald Trump s’était engagé à continuer d’apporter une aide militaire à l’Égypte pour lutter contre «le terrorisme». Le président américain a également épargné les Égyptiens dans son décret migratoire interdisant l’entrée sur le sol américain aux ressortissants de plusieurs pays arabes, actuellement bloqué en justice.

Vendredi, la Maison-Blanche a indiqué que Donald Trump voulait «profiter de la visite du président Sissi pour relancer les relations bilatérales et renforcer les connexions solides établies» lors de leur première rencontre à New York en septembre.

Donald Trump n’a fait aucun mystère de son admiration pour le président Sissi. «C’est un type fantastique. Il a pris le contrôle de l’Égypte, vraiment pris le contrôle», déclarait-il en 2016 dans une interview à la chaîne de télévision américaine Fox Business.

En 2013, M. Sissi, alors général de l’armée, avait destitué le président islamiste élu Mohamed Morsi puis lancé une féroce répression contre ses partisans, dont des milliers ont été arrêtés et des centaines tués, ainsi que contre l’opposition libérale.

La Maison-Blanche a indiqué que le sujet des droits de la personne sera abordé «de manière privée et plus discrète» que sous l’ère Obama.

«Se réaffirmer»
Depuis son arrivée au pouvoir, M. Sissi a rencontré quelques délégations américaines comprenant instituts de recherche, associations d’hommes d’affaires ou ONG.

«Il a plaidé avec passion pour que toutes les nations arrêtent de travailler avec les islamistes», indique un membre d’une de ces délégations sous couvert d’anonymat.

Pour le chef d’État égyptien, Donald Trump comprend bien mieux que son prédécesseur la nécessité de lutter contre djihadistes et islamistes.

«Au-delà du fait que Sissi se réjouit du remplacement d’Obama par Trump [...], c’est l’occasion pour l’Égypte de se réaffirmer en tant que point central de la stratégie américaine au Moyen-Orient», estime Issandr El Amrani, directeur du centre de réflexion International Crisis Group (ICG) pour l’Afrique du Nord.

Le Caire veut en effet conforter son rôle de médiateur entre Israéliens et Palestiniens au moment où le président américain semble mettre en cause la solution à deux États comme moyen de mettre fin à un des plus vieux conflits au monde.

En décembre, le président Sissi avait fait un geste à l’égard des positions favorables à Israël de Donald Trump — qui n’était alors pas encore en fonctions — en retirant une résolution du Conseil de sécurité condamnant la colonisation israélienne dans les Territoires palestiniens occupés.

Mais le texte avait été réintroduit et adopté grâce à l’abstention de l’administration Obama, au grand dam d’Israël.

Le président égyptien risque toutefois d’être déçu, car, selon M. El Amrani, «l’accent [pour Trump] est en fait sur des zones où l’Égypte n’a pas de rôle clé, comme l’Irak ou la Syrie».
1 commentaire
  • Pierre Robineault - Abonné 1 avril 2017 16 h 49

    Nouveau souffle?

    Si ce nouveau souffle doit venir directment de Trump lui-même, il est à souhaiter qu'il se sera au préalable bien gargarisé.