La réélection de Bongo met le feu aux poudres

Des policiers de l'escouade antiémeute prennent position devant des partisans de Jean Ping à Libreville, mercredi.
Photo: Marco Longari Agence France-Presse Des policiers de l'escouade antiémeute prennent position devant des partisans de Jean Ping à Libreville, mercredi.

L’Assemblée nationale du Gabon à Libreville a été incendiée mercredi par des manifestants, point culminant des émeutes qui ont éclaté dès l’annonce de la réélection du président, Ali Bongo Ondimba, par la commission électorale.

« Tout le bâtiment est en train de prendre feu », a indiqué à l’AFP Yannick, un Librevillois présent devant l’Assemblée. Un panache rouge et noir se dégageait dans la nuit au-dessus du palais Léon Mba, selon des journalistes de l’AFP qui se trouvaient à distance. « Ils sont entrés, ils ont brûlé », selon le même témoin affirmant que les forces de sécurité avaient reculé.

Selon la commission électorale, le président sortant, 57 ans, a été réélu pour un deuxième septennat avec 49,80 % des suffrages devant son rival Jean Ping (48,23 %), 73 ans, ex-cacique du régime du défunt Omar Bongo, le père d’Ali.

Cet écart marginal représente une différence de voix de 5594 voix, sur un total de 627 805 inscrits, dans ce petit pays pétrolier d’à peine 1,8 million d’habitants.

Le président sortant devrait sa réélection grâce à son score écrasant dans son fief familial, le Haut-Ogooué, où il aurait obtenu 95,46 % pour plus de 99 % de participation.

Un score contesté par l’opposition qui a réclamé un deuxième dépouillement bureau par bureau de vote et dont les partisans sont massivement descendus dans la rue.

Haute tension

Mercredi soir, la ville était toujours sous très haute tension : points de contrôle, grands axes coupés sur le front de mer, véhicules blindés aux carrefours, commerces fermés depuis mardi midi, grande majorité des habitants cloîtrés chez eux. L’ambassade de France a appelé ses ressortissants à éviter tout déplacement jusqu’à nouvel ordre.

Dès l’annonce de la victoire controversée de M. Bongo, des troubles ont éclaté sur les grandes artères entre les forces de l’ordre et des opposants criant « Ali doit partir ».

« Jean Ping président », « On nous a volé les élections », criaient aussi les manifestants, qui accusent Ali Bongo de perpétuer la dynastie installée par son père, président pendant 41 ans jusqu’à sa mort en 2009, et perpétuée par l’élection de son fils la même année.

Des hélicoptères tournaient dans le ciel et des colonnes de fumée s’échappaient de plusieurs quartiers populaires.