MSF dénonce un désastre humanitaire à Borno

Des bénévoles de Médecins sans frontières (MSF) emmènent des enfants souffrant de malnutrition en ambulance au camp de Bama, dans l’État de Borno.
Photo: Agence France-Presse Des bénévoles de Médecins sans frontières (MSF) emmènent des enfants souffrant de malnutrition en ambulance au camp de Bama, dans l’État de Borno.

Paris — De retour de l’extrême nord-est du Nigeria, une équipe de Médecins sans frontières (MSF) a appelé mercredi à une « mobilisation massive des acteurs de l’aide » pour faire face à un « désastre humanitaire » dans l’État de Borno, zone très touchée par les violences du groupe djihadiste Boko Haram.

Lors d’un point de presse à Paris, la directrice des opérations à MSF, Isabelle Defourny, a expliqué avoir découvert « l’ampleur du désastre » lors d’une seconde mission de répérage pour l’ONG dans la localité de Bama, à 70 km de la capitale de l’État de Borno, Maiduguri.

Cette zone, qui était dans le passé à 45 minutes de voiture de Maiduguri, est désormais « coupée du monde depuis presque deux ans » et fait face à une « situation d’urgence rarement rencontrée par MSF », a souligné le docteur Defourny.

Une équipe médicale de MSF y a été envoyée mardi pour une mission d’une dizaine de jours, a précisé l’ONG internationale.

Environ 10 000 personnes déplacées par le conflit de Boko Haram sont aujourd’hui regroupées dans l’ancien hôpital de la ville, converti en camp protégé par l’armée nigériane. Faute d’acheminement régulier de nourriture, des milliers de ces déplacés souffrent de malnutrition « sévère et aigüe », a ajouté Jean-Hervé Bradol, ex-président de MSF et coordinateur d’urgences au sein de l’ONG, et qui faisait partie de cette seconde mission de repérage.

Fin juin, MSF avait réalisé une première mission à Bama, localité accessible uniquement sous escorte de l’armée. Sur les 804 enfants que les humanitaires avaient pu dépister, « environ 19 % étaient atteints de malnutrition aigüe sévère », alors que le seuil d’urgence se situe à 5 %.

Situation d’urgence

Entre le 23 mai et le 20 juin, près de 200 personnes sont mortes dans ce camp de Bama, avait prévenu MSF, qui estime que cela correspond « à près de six personnes décédées par jour, principalement de diarrhées et de déshydratation ».

Depuis des mois, plusieurs organisations humanitaires ont tiré la sonnette d’alarme sur les très graves pénuries alimentaires frappant le nord-est du Nigeria, épicentre des violences de Boko Haram.

Des zones entières de l’État de Borno sont actuellement totalement inaccessibles. Selon MSF, 600 000 personnes déplacées de Maiduguri, et rassemblées dans des camps dans la région, ont besoin d’aide alimentaire, soit 300 tonnes de nourriture par jour. Mais aujourd’hui, cette aide est impossible à acheminer pour des raisons de sécurité ou par manque de moyens, car ce sont « des opérations risquées et très coûteuses », souligne Mme Defourny.

Le 1er juillet, l’Unicef avait prévenu que 250 000 enfants de moins de cinq ans allaient souffrir de malnutrition sévère extrême dans l’État de Borno cette année, dont 50 000 risquent même de mourir si rien n’est fait.

Bien que le président nigérian Muhammadu Buhari ait affirmé que « Boko Haram est techniquement vaincu », et que le groupe islamiste ait perdu une large partie de son territoire, la situation reste extrêmement instable dans le nord-est.

Après de nombreux appels des Nations Unies, de l’Unicef, et d’organisations humanitaires, Abuja a promis d’en faire plus pour porter assistance aux déplacés. Les autorités ouvrent de plus en plus la voie à l’aide internationale, après un fort déni de la situation.

Bama est pour l’instant une des rares localités où peuvent se rendre sporadiquement des ONG, avec Dikwa et Monguno, mais selon MSF, « il n’y a aucune visibilité sur les villages alentours ».

Depuis 2009, l’insurrection de Boko Haram a fait au moins 20 000 morts et plus de 2,6 millions de déplacés, qui ne peuvent toujours pas rentrer chez eux.

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