Le spectre de la guerre civile refait surface

Environ 3000 Sud-Soudanais ont trouvé refuge dans un camp de l’ONU situé à proximité de Juba, la capitale du Soudan du Sud.
Photo: Beatrice Mategwa Agence France-Presse Environ 3000 Sud-Soudanais ont trouvé refuge dans un camp de l’ONU situé à proximité de Juba, la capitale du Soudan du Sud.

Des affrontements opposant les rebelles à l’armée présidentielle ont fait plusieurs centaines de morts depuis vendredi, et réveillé le spectre de la guerre civile. Notre journaliste est l’un des derniers reporters à être sur place.

« Boom ! » Un bruit sourd. L’explosion est proche, le sol tremble. Ceux qui prenaient leur petit-déjeuner sur la terrasse se précipitent à l’intérieur, s’abritent derrière les murs, loin des fenêtres. « Pourquoi ? Mon dieu, pourquoi ? » se lamente la réceptionniste de l’hôtel. L’accalmie aura été de courte durée. La pluie tombée dimanche soir avait fait taire les armes et offert une nuit de répit aux habitants de Juba. Mais la capitale s’est réveillée lundi au son des tirs d’artillerie lourde.

Représailles à venir

L’hôtel Logali House est une institution dans la capitale du Soudan du Sud. Ses happy hours et ses soirées salsa sont populaires, tant parmi les expatriés que chez les Sud-Soudanais aisés de la capitale. Mais ces jours-ci, personne n’a envie de danser. L’hôtel est plein. Certains dorment dans le restaurant, d’autres ont posé des matelas au milieu des couloirs. Beaucoup se sont trouvés bloqués ici lorsque les affrontements ont commencé, vendredi, à proximité du palais présidentiel, entre les soldats du président Salva Kiir et ceux de l’ancien chef rebelle Riek Machar. Quelques-uns sont venus par la suite, convaincus qu’ils seraient plus en sécurité à l’hôtel que dans leur maison. « Nous devions partir, mais notre vol a été annulé, dit un expatrié français arrivé lundi depuis l’aéroport. La voiture ne pouvait pas passer les barrages, alors on a marché. » Dans la cour, l’envoyé spécial d’Al-Jazeera, venu pour le cinquième anniversaire de l’indépendance du Soudan du Sud, enchaîne les directs, alors que le monde tourne, pour une fois, les yeux vers Juba.

Nouvelle explosion, nouveau mouvement de panique. Certains ne bougent même plus, d’autres sursautent dès qu’une porte claque. De temps en temps, on jette un oeil dehors. Impossible de sortir. Les rues sont désertes, les militaires à cran, les tirs imprévisibles. Les rumeurs se propagent par téléphone et via les réseaux sociaux. La plupart sont invérifiables. « Nous ne pouvons pas circuler, dit le responsable d’une compagnie de sécurité privée. J’ai essayé d’envoyer un véhicule ce matin, mais des soldats l’ont stoppé. »

À Logali House, nous commençons à tourner en rond. Les yeux sont cernés, il n’y a plus de cigarettes. Personne n’ose se plaindre. Le gérant, un Erythréen débrouillard qui semble ne jamais se départir de son sourire, a réussi à se réapprovisionner en eau potable et en essence pour faire tourner le générateur. Pour des milliers de civils à travers la capitale, la situation est dramatique. « Ils n’ont plus d’eau et plus rien à manger », s’inquiète une jeune femme qui vient de parler à sa mère au téléphone. « J’ai appris que mon cousin a été tué, dit son compagnon. Il avait à peine 20 ans. »

Quel que soit le camp qui remportera la bataille en cours à Juba, il y aura certainement des représailles envers les civils. Des milliers d’entre eux ont trouvé refuge sur les bases des Nations unies, à proximité desquelles il y a eu de violents combats. Des obus sont tombés sur le site de protection des civils, un Casque bleu chinois a été tué. Selon plusieurs sources, des centaines de personnes ont perdu la vie ces derniers jours. Le bilan pourrait être plus élevé qu’en décembre 2013, lorsque la guerre civile avait éclaté dans la capitale.

Ce qui avait commencé par une lutte de pouvoir entre le président Salva Kiir, de l’ethnie dinka, et son vice-président Riek Machar, de l’ethnie nuer, avait alors pris la tournure d’un conflit ethnique, même si les alliances militaires n’ont pas toujours suivi ces lignes. Viols, massacres, atrocités ont été commis par les deux camps, et plusieurs dizaines de milliers de personnes ont été tuées au cours de ces deux ans et demi de conflit.

Cessez-le-feu exigé

L’accord de paix, signé en août 2015, vient de voler en éclats. De temps en temps, un ministre, un porte-parole de l’armée, un général, fait le déplacement jusqu’à Logali House pour s’adresser aux journalistes présents. Chacun est accompagné de son escorte de soldats en armes et gilets pare-balles. Les hommes sont nerveux. Devant les caméras, tous appellent au calme et affirment que « la situation est sous contrôle », alors que des tirs résonnent au loin. Sur son compte Twitter, Riek Machar accuse le président Kiir de ne pas être « intéressé par la paix ». Dans la soirée de lundi, le chef de l’État a ordonné un cessez-le-feu et a demandé à toutes les parties impliquées de le respecter. Riek Machar a lui aussi exigé un cessez-le-feu. Mais contrôlent-ils leurs troupes ? Les ambassades, elles, recensent leurs citoyens, on évoque la possibilité d’une évacuation. Coups d’oeil gênés aux confrères sud-soudanais qui, quoi qu’il arrive, resteront ici. Chaque nouvelle explosion révèle l’écho de leur pays qui sombre dans le chaos.

1 commentaire
  • Sylvain Rivest - Inscrit 12 juillet 2016 00 h 39

    Les marionnettes

    Pourquoi tant de souffrance? Tout cela est immonde.
    Qui tire les ficelles et les dividendes sont pour qu'elle banque, quelle multinationale?