«Crise silencieuse» au Cameroun

Genève — Les attaques continuelles de Boko Haram au Cameroun ont accru massivement l’insécurité alimentaire et jeté environ 190 000 personnes sur les routes de ce pays devenu un terreau fertile pour le recrutement de djihadistes, a averti l’ONU.

Selon la coordinatrice humanitaire de l’ONU pour ce pays africain, la Marocaine Najat Rochdi, les djihadistes continuent à attaquer, à l’ombre des projecteurs, des villages et brûler des maisons et des champs à un rythme quotidien.

« L’impact des violences par Boko Haram n’est pas terminé, et nous devons rester vigilants », car les attaques actuelles attirent moins l’attention mais restent dévastatrices, a-t-elle déclaré à l’AFP.

Selon Mme Rochdi, au cours des six derniers mois, le nombre de Camerounais déplacés dans leur pays est passé de 60 000 à 190 000, qui s’ajoutent aux 60 000 réfugiés venus du Nigeria et des 312 000 de République centrafricaine, pour un total de plus de 500 000 personnes déplacées.

Et en raison des attaques et de la présence de Boko Haram dans les champs et sur les routes d’approvisionnement alimentaire, le nombre de personnes menacées par l’insécurité alimentaire a grimpé de 900 000 à 2,4 millions depuis janvier.

Risques de radicalisation

« C’est une sorte de crise silencieuse, c’est un vrai danger », a déclaré Mme Rochdi, avertissant que si l’aide humanitaire n’était pas acheminée, le pays risquait de surcroît d’assister à une « radicalisation » de ses jeunes. « Si les gens n’ont pas d’espoir, la seule alternative pour eux sera Boko Haram. »

Selon elle, seulement 30 % des 280 millions de dollars réclamés pour cette année en aide humanitaire pour le Cameroun sont financés. « Le fossé en terme d’aide humanitaire est tout simplement dramatique » et concerne également la stabilité du pays, a-t-elle déclaré. « Il s’agit aussi d’assurer qu’il n’y ait pas de terrain fertile pour le recrutement par Boko Haram », a-t-elle dit.

Boko Haram a eu plus de succès l’année dernière dans ses recrutements au Cameroun, a ajouté cette responsable de l’ONU. Le mouvement islamiste armé Boko Haram a provoqué la mort d’au moins 20 000 personnes depuis 2009 et fait déplacer 2,6 millions de personnes.

Une force multinationale du Nigeria, du Niger, du Tchad, du Bénin et du Cameroun a depuis l’année dernière affaibli le groupe Boko Haram, sans réussir à le vaincre.