Des défis colossaux dans une Libye morcelée

Des miliciens de l’est de la Libye refusent de prêter allégeance au gouvernement d’union, basé dans l’ouest du pays.
Photo: Abdullah Doma Agence France-Presse Des miliciens de l’est de la Libye refusent de prêter allégeance au gouvernement d’union, basé dans l’ouest du pays.

Les grandes puissances espèrent que le nouveau gouvernement d’union va stabiliser la Libye, mais celui-ci va avoir fort à faire pour lutter contre les djihadistes, surmonter les profondes divisions entre Libyens et relancer une économie en lambeaux.

Le gouvernement d’union nationale établi depuis fin mars à Tripoli et parrainé par l’ONU a réussi à rallier les principales milices armées de l’ouest du pays et prendre ainsi le contrôle d’une majeure partie de l’Ouest libyen. Mais il bute sur la résistance de l’ancien gouvernement jadis reconnu par la communauté internationale et basé dans l’Est. Ce dernier refuse de lui céder le pouvoir avant un vote de confiance, maintes fois reporté, du Parlement qui lui est affilié.

La société libyenne, bien que conservatrice en général, n’a jamais été extrémiste

 

Forte capacité militaire

Les forces du gouvernement d’union, composées de milices locales et d’unités de l’armée divisée depuis deux ans, sont basées dans la ville de Misrata (ouest) et jouissent d’une importante capacité militaire avec des blindés et des avions. Elles contrôlent plusieurs aéroports.

La communauté internationale réunie à Vienne lundi s’est dite prête à soutenir un assouplissement de l’embargo sur les armes en vigueur depuis 2011 afin de lutter efficacement contre les djihadistes du groupe État islamique (EI). Les nouvelles autorités de Tripoli réclament en priorité des avions de chasse et des hélicoptères.

Autorités parallèles

Les autorités parallèles contrôlent l’est du pays à l’aide de milices locales et d’unités de l’armée qui leur sont loyales, sous le commandement du général Khalifa Haftar. Ces forces armées se concentrent dans la ville de Benghazi et dans des localités voisines. Elles sont dotées d’avions, de chars et de blindés et tentent depuis près de deux ans d’obtenir une levée de l’embargo sur les armes pour combattre « les groupes terroristes ».

En outre, sont actives deux forces indépendantes dans le pays : la « Force de Barqa » (la Cyrénaïque) et « le Conseil de la Choura des révolutionnaires de Derna ». La première est une coalition de tribus locales de l’Est qui contrôle les principaux terminaux pétroliers et soutient le gouvernement d’union. Le Conseil de la Choura des révolutionnaires de Derna est une coalition hétéroclite de milices locales qui contrôle la ville de Derna (est) et est hostile au général Haftar.

Ces profondes divisions rendent impossible un contrôle unifié des longues frontières de la Libye, voisine du Niger, du Tchad, du Soudan, de l’Algérie, de la Tunisie et de l’Égypte. Cette situation facilite le passage de centaines de milliers de migrants de l’Afrique subsaharienne qui veulent rejoindre l’Europe.

L’emprise des djihadistes

Le groupe EI a pris le contrôle en juin 2015 de la ville côtière de Syrte, à mi-chemin entre les deux premières villes du pays, Tripoli et Benghazi. Il compte environ 5000 combattants (des étrangers pour la plupart) et a réussi à s’implanter à l’ouest et à l’est de Syrte, qui ne se trouve qu’à 300 km des côtes européennes.

Le groupe contrôle aujourd’hui des secteurs autour de la ville de Derna, dans Benghazi ainsi que de petites villes et villages à l’est de Syrte et une région stratégique reliant l’est à l’ouest de la Libye. Il s’est approché des principaux terminaux pétroliers sans pouvoir en prendre le contrôle.

Le groupe EI n’a pas réussi à recruter un grand nombre de Libyens car, selon un responsable de la sécurité à Tripoli, « la société libyenne, bien que conservatrice en général, n’a jamais été extrémiste ».